Une intervention éducative ponctuelle peut-elle améliorer la technique d’utilisation de pompes pour l’asthme et la MPOC chez les patients âgés?

Bouwmeester C, Kraft J, Bungay KM. Optimizing inhaler use by pharmacist-provided education to community-dwelling elderly. Respir Med. 2015 Oct;109(10):1363-8. doi: 10.1016/j.rmed.2015.07.013. Epub 2015 Jul 20.

Ce que cet article nous apprend

  • Étude observationnelle prospective en milieu ambulatoire, à Mattapan, aux Massachusetts (États-Unis).
  • Échantillon de 42 patients éligibles au programme PACE (ayant au moins 55 ans, nécessitant des services infirmiers, pouvant demeurer dans la communauté, habitant dans une zone desservie par le programme), résidant à domicile ou dans une résidence avec soins et recevant un traitement d’entretien sous forme d’inhalateur pour l’asthme et/ou la MPOC tout au long de l’étude.
  • Un pharmacien ou un étudiant en pharmacie supervisé par un pharmacien était assigné à chacun des patients. Les interventions avaient lieu soit dans le centre de services de jour ou au domicile du patient, selon la préférence de ce dernier et duraient 30 minutes. Il y avait 2 contacts entre le pharmacien et le patient. Lors du premier contact, le pharmacien demandait au patient de montrer comment il utilise habituellement son inhalateur à l’aide d’un démonstrateur placebo correspondant. Le pharmacien évaluait la technique en remplissant une grille standardisée. Par la suite, le pharmacien faisait de l’enseignement sur la bonne méthode d’inhalation et demandait au patient de répéter à l’aide du démonstrateur. Le patient devait maîtriser chaque étape avant de passer à la suivante. Par après, le pharmacien demandait au patient de refaire le tout depuis le début et l’évaluait à nouveau en utilisant la même grille. Lors du second contact, 4 à 6 semaines plus tard, les patients étaient revus par le même pharmacien ou étudiant en pharmacie que lors de leur premier contact. Le pharmacien demandait au patient de refaire une démonstration de sa technique d’utilisation de l’inhalateur et l’évaluait à l’aide de la même grille.
  • Le score moyen sur la technique d’utilisation des inhalateurs était de: 14,0/20 avant l’intervention, 18,2/20 immédiatement après l’intervention (p<0,001) et 17,7/20 4 à 6 semaines après l’intervention (p<0,001 par rapport au score avant l’intervention).

Ce que nous savions déjà

Ce qu’on se pose comme questions

  • Le fait que l’étude ait été faite au sein d’un seul site du programme PACE peut-il nuire à la validité externe de l’étude?
  • Le fait qu’il y ait eu peu de pharmaciens et d’étudiants impliqués limite-t-il la confiance dans le caractère reproductible de l’intervention?
  • Le fait que seulement une faible proportion des patients avaient de l’asthme seul ou en concomitance avec la MPOC limite-t-il l’applicabilité de ces résultats aux patients asthmatiques?
  • La petite taille échantillonnale nuit-elle à la validité externe de l’étude?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Évaluer et corriger les techniques d’utilisation d’inhalateurs pour les patients âgés atteints d’asthme ou de MPOC lors des suivis en personne.
  • Tenter d’incorporer des visites à domicile pour le patients âgés dans la pratique pharmaceutique courante.

Auteurs: Razvan Lucian Cazacu

Création: 21 octobre 2015

Accident vasculaire ischémique aux urgences : quelle place pour le pharmacien ?

Gosser RA, Arndt RF, Schaafsma K, Dang CH. Pharmacist Impact on Ischemic Stroke Care in the Emergency Department. J Emerg Med. 2016 Jan;50(1):187-93

 

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude observationnelle rétrospective, au sein d’un département d’urgences d’un centre hospitalier de Milwaukee, Wisconsin, Etats-Unis.
  • Échantillon de 105 patients de plus de 18 ans ayant reçu une injection intra-veineuse de rtPA (activateur tissulaire du plasminogène recombinant). Étaient notamment exclus les patients ayant une tension supérieure à 185/110 mm Hg, qui avaient une dose partielle de rtPA, dont l’injection avait été initiée à l’extérieur de l’établissement.
  • Les patients ont été sélectionnés en consultant de façon rétrospective les dossiers médicaux. Seuls ceux remplissant les critères d’inclusion et n’ayant pas de critères d’exclusion étaient inclus. Les dossiers médicaux sont alors analysés pour déterminer si un pharmacien était impliqué ou non dans l’administration du rtPA. L’implication du pharmacien est définie comme l’inscription d’une note dans le dossier-patient, l’entrée de commande ou le contournement du cabinet de dispensation automatique. Le pharmacien était présent dans le service de 10h à 18h30.
  • Les objectifs de l’étude étaient de comparer l’exactitude du dosage de l’activateur tissulaire recombinant du plasminogène (rtPA), le temps moyen de prise en charge, l’identification des contre-indications à la thérapie en présence ou en l’absence d’un pharmacien au département des urgences dans la prise en charge des accidents vasculaires.
  • En ce qui concerne l’exactitude du dosage, il apparait similaire dans les deux groupes : 96.6% (groupe avec pharmacien) vs 95.6% (groupe sans pharmacien) avec p=0.8953.
  • En ce qui concerne le temps médian de prise en charge pour l’initiation du traitement par rtPA, il est diminué en présence d’un pharmacien : 69.5 min (groupe avec pharmacien) vs 89.5 min (groupe sans pharmacien) avec p =0.0027.
  • En ce qui concerne le nombre de d’initiation de rtPA dont le temps de prise en charge est inférieur à 60 min, on note une augmentation de la proportion en présence d’un pharmacien : 20/67 soit 29.9% (groupe avec pharmacien) vs 6/38 soit 15.8% (groupe sans pharmacien) avec p=0.1087.

 

 Ce que nous savions déjà

 

Ce qu’on se pose comme questions

  • Quelles étaient réellement les actions des pharmaciens présents aux urgences en situation d’accidents vasculaires ischémiques et de quelles façons ses interventions permettaient une diminution de temps de prise en charge ?
  • Y aurait-il eu une grande différence dans les résultats si le pharmacien était pleinement intégré dans l’équipe de gestion d’urgence des accidents vasculaires ischémiques de ce centre hospitalier ?
  • De même, au moment de l’étude, de 2008 à 2010, les dossiers-patient n’étaient pas encore informatisés ; avec une documentation plus complète, aurait-on eu d’autres résultats ?
  • Le fait d’exclure les patients ayant eu une injection partielle ou dont la tension est supérieure à 185/110 mm Hg ne fausse t-il pas les résultats ?

 

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Impliquer le pharmacien dans la gestion des situations d’urgences au département des urgences.
  • Favoriser une approche pluridisciplinaire des situations d’urgences.
  • Réfléchir à la gestion des médicaments à risque aussi bien à la pharmacie centrale qu’au niveau des services.
  • Mettre en place des procédures et dispositifs permettant d’identifier les demandes urgentes afin de pouvoir y répondre dans les plus brefs délais.

Le pharmacien communautaire peut-il avoir un impact sur la survenue des symptômes d’insuffisance cardiaque?

Lee VW, Choi LM, Wong WJ, Chung HW, Ng CK, Cheng FW. Pharmacist intervention in the prevention of heart failure for high-risk elderly patients in the community. BMC Cardiovasc Disord. 2015 Dec 24;15(1):178.

Ce que cette étude nous apprend :

  • Il s’agit d’une étude avant-après effectuée dans des centres de personnes âgées à Hong Kong en Chine ayant pour but principal de documenter l’impact des interventions du pharmacien sur la prévention des symptômes d’insuffisance cardiaque dans une communauté de personnes âgées à hauts risques. Les objectifs secondaires étaient de vérifier si une variation de la pression artérielle, du bilan lipidique et de la glycémie sont observables suite aux interventions du pharmacien.
  • Un nombre total de 113 patients ont été recrutés pour cette étude suite aux critères d’inclusion et d’exclusion déterminés en 2012. Il s’agit de patients ayant expérimentés des symptômes d’insuffisance cardiaque récemment selon un questionnaire correspondant à la classification fonctionnelle de l’insuffisance cardiaque du New York Heart Association (NYHA) ou des patients à hauts risque avec au moins 2 des critères: suivants tension artérielle systolique >130/80 mmHg chez les diabétiques ou >140/90 mmHg s’ils ne le sont pas; Glycémie > 11,1 mmol/L et/ou une dyslipidémie définie par le taux de LDL-cholestérol>2,59 ou triglycérides>2,3.
  • Les pharmaciens ont réalisé un suivi 2 fois tous les 3 à 4 mois des données démographiques, de la glycémie capillaire, du bilan lipidique, de l’observance au traitement, de la tension et des symptômes d’insuffisance cardiaque en employant des dispositifs tels que le tensiomètre Omron HEM-7011, l’appareil de glycémie Accu-Check Performa ainsi que le CardioCheck Analyzer pour mesurer le bilan lipidique. Lors des visites, les pharmaciens se chargeaient également de conseiller le patient sur l’usage du médicament, vérifiaient les connaissances vis-à-vis de leurs problèmes de santé ainsi que les mesures non pharmacologiques associées et utilisaient aussi le questionnaire NYHA lors de la première et de la dernière visite.
  • Les résultats de l’étude indiquent, que pour un total de 13 symptômes d’insuffisance cardiaque (p.ex.  douleur à la poitrine, essoufflement, œdème, limitation de l’exercice physique), une diminution du nombre de patients ressentant un symptôme d’insuffisance cardiaque entre le début de l’étude et lors de la dernière visite (passant de 63 à 41, différence de 22, p <0,001) et une différence de moyenne de symptômes expérimentés par individu (de 2,96 à 1,52; différence de 1,43; p <0,001).
  • D’autre part, les résultats indiquent une diminution du taux de LDL-cholestérol (passant de 3,42 à 2,56 mmol/L; différence de -0,86 p< 0.001) et des triglycérides (passant de 3,28 à 2,13 mmol/L; différence de -1,15 p< 0,001) alors qu’aucun changement significatif n’a été observé au niveau de la tension artérielle systolique et de la glycémie capillaire.
  • Finalement, les résultats semblent indiquer une augmentation importante du nombre de patients avec une haute observance à la médication (passant de 17 à 33, différence de +16, p=0,001).

 

Ce que nous savions déjà

  • Un contrôle adéquat des facteurs de risque de la maladie diminue les exacerbations de l’insuffisance cardiaque.
  • L’observance de la médication est un facteur clé dans l’optimisation de la pharmacothérapie et permet de prévenir de plusieurs problèmes de santé chroniques.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie, en particulier la fiche synthèse «Insuffisance cardiaque» pour en apprendre davantage sur l’impact du pharmacien dans l’insuffisance cardiaque.

 

Ce qu’on se pose comme questions

  • Est-ce que la tendance des résultats se maintiendrait à long terme puisque la maladie est chronique, que cette dernière manifeste souvent des exacerbations et des rémissions intermittentes et que la durée de l’étude est plutôt courte?
  • Est-ce qu’une généralisation des résultats pourrait être faite pour des populations nord-américaines et européennes considérant que le mode de vie n’est peut-être pas similaire et qu’une médecine à base d’herbes est une tradition encore très présente dans ce pays.

 

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Identifier les patients insuffisants cardiaques à la pharmacie et effectuer un suivi des du bilan lipidique et de la glycémie grâce au  Dossier Santé Québec (DSQ) tous les 6 mois.
  • Demander aux patients la présence éventuelle de symptômes et de noter leur tension artérielle dans un carnet spécifique afin de l’ apporter en pharmacie au moins une fois par année.

 

Auteurs : Nguyen Vu

Création : 12 janvier 2016

 

Le bilan comparatif : ce que cet outil permet au pharmacien de mettre en évidence!

Selcuk A, Sancar M, Okuyan B, Demirtunc R, Izzettin FV. The potential role of clinical pharmacists in elderly patients during hospital admission. Pharmazie. 2015 Aug;70(8):559-62. PubMed PMID: 26380527.

Ce que cette étude nous apprend

  • Cette étude s’est déroulée en 2014 sur une unité de médecine interne d’un hôpital en Turquie.
  • L’objectif de cette étude observationnelle était d’évaluer l’impact d’un pharmacien clinicien qui exécute des bilans comparatifs, recherchant des médicaments inappropriés ou des problèmes liés à la médication dans un contexte de revue de la médication à l’admission à l’unité de médecine interne.
  • L’étude ciblait des patients âgés de plus de 65 ans prenant au moins un médicament à domicile.
  • Pour les 133 patients sélectionnés, et afin d’établir le bilan comparatif, le pharmacien utilisait comme source d’information les boîtes de médicaments des patients, les anciennes prescriptions et questionnait les patients ainsi que leurs proches.
  • Les résultats démontrent que le pharmacien a mis en évidence 394 écarts (chez 111 des 133 patients) entre la médication pré-hospitalisation et en cours d’hospitalisation dont 88,3% étaient non désirés et non appropriés.
  • Des médicaments potentiellement inappropriés selon les critères de Beers ont été identifiés chez 19,5% (26/133) des patients, les plus fréquents étant les échelles d’insuline (34,49%, 10/133) et la digoxine (17,25%, 5/133).
  • Le pharmacien a identifié 396 problèmes liés à la médication des patients chez 115 des 133 patients à l’étude, les problèmes les plus fréquents étant une indication non traitée et un médicament ne produisant pas l’effet escompté.
  • Le pharmacien a également fait des recommandations au médecin traitant de l’unité, dont 85,6% ont été acceptées par ce dernier.
  • Des interactions médicamenteuses ont été reconnues chez 38,4% (51/133) des patients.

 

Ce que nous savions déjà

  • Le pharmacien joue un rôle important en effectuant des bilans comparatifs à l’admission, au transfert d’unité et au départ des patients. Vous pouvez consulter la page « Bilan comparatif à l’arrivée » sur le site Impact Pharmacie afin d’en apprendre davantage.
  • Agrément Canada demande que les pharmaciens effectuent des bilans comparatifs à l’admission, lors des transferts et au départ pour tous les patients de tous les établissements de santé, et ce, d’ici 2017.

 

Ce qu’on se pose comme questions

  • Le nombre d’interactions recensées par le pharmacien de l’étude pourrait-il avoir été surestimé en raison de l’outil utilisé pour dénombrer les interactions (Medscape Drug Interaction Checker)?
  • Quel est le ratio coût-efficacité de l’exécution systématique de bilans comparatifs par le pharmacien?
  • Est-ce que le nombre d’erreurs recensées varient d’une unité de soins à l’autre et d’un hôpital à l’autre? Devrions-nous attribuer plus de pharmaciens à certaines unités plus à risque?
  • Comment les autres professionnels de la santé peuvent-ils contribuer à l’élaboration des bilans comparatifs?

 

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Mettre en évidence l’impact de l’exécution structurée et systématique des bilans comparatifs réalisés dans l’établissement de santé.
  • Recenser les écarts mis en évidence par les bilans comparatifs effectués ainsi que le temps accordé à cette activité.

Hypertension artérielle dans l’insuffisance rénale chronique

Gallagher H, de Lusignan S, Harris K, Cates C. Quality-improvement strategies for the management of hypertension in chronic kidney disease in primary care: a systematic review. Br J Gen Pract. 2010 Jun;60(575):e258-65. Review. PubMed PMID: 20529489; PubMed Central PMCID: PMC2880767.

Ce que cette étude nous apprend

  • Revue systématique et méta-analyse visant à évaluer l’impact de l’amélioration de la qualité des interventions pour réduire la pression artérielle systolique chez les patients atteints d’une maladie rénale chronique, pour réduire les risques cardiovasculaires et ralentir la progression de la maladie rénale.
  • Elle a inclus des études de différents pays.
  • La stratégie de recherche utilisée pour cette revue systématique a été développée en collaboration avec the Cochrane Effective Practice and Organisation of Care Group (EPOC) au Canada, et the Cochrane Renal Group en Australie. Les articles ont été recherchés sur leurs propres bases de données.  La stratégie a été la suivante: (hypertens* or antihypertens* or blood pressure or systolic BP or CVD or cardiovascular) and (kidney* or renal or nephrol* or CKD or glomerular filtration rate or GFR or eGFR or creatinine). La recherche a été effectuée par deux experts indépendants. Une méta-analyse a été conduite lorsque possible.
  • Neuf articles ont été inclus dans cette revue systématique sur les 69 préalablement identifiés: trois études randomisées contrôlées, une étude observationnelle, cinq articles de type commentaire.
  • La méta-analyse réalisée à partir des résultats des études randomisées contrôlées a rapporté une réduction significative de la pression artérielle systolique (PAs) grâce aux interventions: -10.59 (95% CI; –15.83 à –5.34). Une étude observationnelle (non randomisée, contrôlée) a aussi montré une réduction significative de la PAs: –9.30 mmHg  (95% CI; –15.59 à –3.01) (p=0,004)
  • Une étude conduite chez des diabétiques insuffisant rénaux a montré une tendance à une amélioration du taux d’HbA1c mais pas de la pression artérielle ou de la fonction rénale (pas d’analyse statistique).

Ce que nous savions déjà 

  • Le rôle du pharmacien dans la prise en charge de l’hypertension  est bien décrit dans la littérature. Les interventions pharmaceutiques permettent d’améliorer le contrôle de la pression artérielle et de limiter ainsi la progression de l’insuffisance rénale.
  • Par exemple:
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse « Hypertension artérielle ».

Ce qu’on se pose comme question

Ce que vous pouvez notamment faire

Auteur Mylène Breton

Relecteur 

Création 30 avril 2015

Publication 13 mai 2015

 

L’éducation thérapeutique pendant l’hospitalisation augmente-t-elle l’adhésion primaire suite au congé?

Leguelinel-Blache G, Dubois F, Bouvet S, Roux-Marson C, Arnaud F, Castelli C, Ray V, Kinowski JM, Sotto A. Improving Patient’s Primary Medication Adherence: The Value of Pharmaceutical Counseling. Medicine (Baltimore). 2015 Oct;94(41):e1805

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude observationnelle avant-après dans les départements de médecine générale et infections et maladies tropicales de l’hôpital universitaire de Nîmes, en France
  • Tous les patients admis entre novembre 2010 et juin 2011: 201 patients pour la période «avant» et 193 patients pour la période «après»
  • Pendant la période avant, le pharmacien faisait seulement le bilan comparatif à l’admission et le suivi du patient pendant l’hospitalisation
  • Pendant la période après, en plus des tâches régulières, le pharmacien avait un entretien initial avec le patient à l’admission, ainsi qu’un second entretien au congé. Lors de l’entretien d’admission, le pharmacien évaluait la compréhension que le patient avait de sa médication, son attitude envers le traitement, les barrières à l’adhésion et le support social. Le pharmacien passait en revue les effets secondaires, les allergies et les intolérances. Le pharmacien demandait toujours à quelle pharmacie le patient allait. Lors de l’entretien de départ, qui avait lieu après que le médecin traitant ait signé les ordonnances de départ, les pharmaciens passaient en revue les médicaments prescrits aux patients avec ces derniers: le nom, l’indication, la dose, la fréquence, les principaux effets secondaires et les instructions spéciales au besoin, parfois à l’aide d’un horaire illustrant les médicaments à prendre. Le pharmacien demandait au patient de confirmer dans quelle pharmacie il allait. Toute information digne de mention récoltée pendant cette entrevue était rapportée au prescripteur et les ordonnances de départ pouvaient être changées si nécessaire.
  • L’adhésion primaire 7 jours après le congé a augmenté de 51% à 66,7% (p<0,01) en comptant tous les patients et à 79,7% (p<0,001) en comptant seulement les patients ayant effectivement reçu le conseil de départ.
  • La proportion de nouveaux médicaments prescrits au congé et non servis 7 jours après le congé a diminué de 50,2% à 32,5% (p<0,0000001).

Ce que nous savions déjà

Ce qu’on se pose comme question

  • L’absence de groupe contrôle limite-t-elle la qualité des données?
  • Le fait d’évaluer l’adhésion en appelant à la pharmacie habituelle des patients permet-il de détecter seulement une partie des services exécutés?
  • Le manque de données sur les services de médicaments chez 29,5% des patient nuit-il à la validité interne de l’étude?
  • Le faible taux de conseils de départ complétés (40,4%) pour la partie «après» nuit-il à la portée de l’intervention?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Assigner des pharmaciens pour faire de l’éducation thérapeutique aux patients à l’admission et au congé d’hôpital.

Quelles sont les données probantes, pertinentes et de bonne qualité sur l’impact du pharmacien communautaire dans la gestion de l’hypertension?

Cheema E, Sutcliffe P, Singer DR. The impact of interventions by pharmacists in community pharmacies on control of hypertension: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Br J Clin Pharmacol. 2014 Dec;78(6):1238-47.

 

Ce que cette étude nous apprend

  • Revue systématique ayant pour objectif principal d’identifier, à travers la littérature scientifique parue jusqu’au 30 novembre 2013, les retombées du pharmacien sur l’hypertension en mesurant premièrement la réduction de la pression artérielle systolique et diastolique, deuxièmement par son impact sur l’observance des patients en ce qui concerne leur(s) antihypertenseurs(s), puis dernièrement son habilité à gérer les problèmes dans la pharmacothérapie dont les effets secondaires.
  • Deux investigateurs ont utilisé 8 bases de données électroniques soient MEDLINE, Web of Science, the Cochrane library, EMBASE, Biosis Citation Index and Biomed Central, CINAHL and PsycINFO afin d’identifier les articles les plus pertinents. Les mots clés de la recherche sont ‘community pharmacy’, ‘essential hypertension’, ‘hypertension’ OR ‘blood pressure’.
  • Cette recherche stratégique a pu identifier 330 articles auxquels 10 autres ont été ajoutés manuellement après avoir sélectionné ceux qui étaient pertinents dans les autres revues systématiques. Lorsqu’un consensus ne pouvait être atteint, un troisième investigateur tranchait la décision. Après avoir retiré 53 dupliquas, 143 pour leur titre, 74 pour l’abstract et 54 pour les critères d’exclusion, l’analyse de cette revue comprend 16 articles (qualitatifs) dont seulement 11 ont été inclus pour la méta-analyse. Cette dernière utilise des modèles de randomisation d’effets tels que The Nordic Cochrane Centre et le Rev Man version 5,2 alors que l’outil Cochrane a été employé pour évaluer le risque de biais et pour s’assurer de l’homogénéité des résultats entre études. Tous les articles sélectionnés sont des études randomisées contrôlées dont 56% (n=9) sont nord-américains alors que 31% (n= 5) sont européens, totalisent 3034 patients et décrivent des interventions avec des durées entre 3 à 13 mois.
  • Les critères d’inclusion pour ces articles sont les suivants : études randomisées contrôlées et revues systématiques d’études randomisées contrôlées évaluant les retombées cliniques d’interventions de pharmaciens communautaires chez des patients atteints d’hypertension essentielle, études ne spécifiant pas le type d’hypertension dont souffrent les patients, études randomisées contrôlées comprenant un groupe contrôle recevant des soins standards en comparaison aux soins du groupe intervention, études dont un minimum de 80% de la population à l’étude rencontre les critères d’inclusions pour la participation à l’étude et les études incluant des patients avec des conditions cardiovasculaires concomitantes. Alors que les études portant sur des interventions multidisciplinaires pour lesquelles le rôle du pharmacien n’était pas clairement défini, les revues systématiques d’études randomisées contrôlées contenant moins de 50% d’études éligibles, les discussions sur les processus d’études en cours et les résumés et les articles non publiés en anglais sont exclus.
  • Plusieurs interventions du pharmacien permettant de répondre aux objectifs de cette revue ont été recensées : éducation sur le traitement pharmacologique de l’hypertension, conseil afin d’améliorer l’observance,détection des effets secondaires et des problèmes de prescription, suivi en cas d’inquiétudes sur l’optimisation du traitement et le conseil sur les mesures non pharmacologiques comme la diète, l’IMC, la consommation d’alcool et la cessation tabagique.
  • Les résultats des 11 études retenues pour la méta-analyse permettent de constater une différence moyenne, que le patient ait ou n’ait pas de comorbidités cardiovasculaires, de la pression artérielle systolique de 6,1 mmHg (p<0,0001) et 2,5 mmHg (p<0,00001) pour la pression artérielle diastolique suite aux interventions du pharmacien.
  • Un total de 822 problèmes liés à la médication a été détecté chez 337 patients dans 5 études. Ces problèmes tiennent compte du mauvais choix d’antihypertenseur, de la survenue des effets secondaires des antihypertenseurs et les traitements sous-optimaux. Les résultats semblent indiquer que le pharmacien a pu résoudre 38% (205/539) des problèmes par les conseils qu’il donne aux prescripteurs et aux patients des groupes contrôles.
  • À partir de 7 études, une tendance à l’amélioration de l’observance est notée dans les groupes d’intervention (43/158 patients vs 4/132 patients; p<0,001.
  • En ce qui concerne le contrôle des facteurs de risque, 3 études ont vu le taux total de cholestérol diminuer, 2 études ont observé une diminution du taux de LDL-cholestérol, 2 études ont noté une diminution entre 0,5% à 1 % du HbA1C.

 

Ce que nous savions déjà

  • Un contrôle adéquat des facteurs de risque de l’hypertension permet un meilleur contrôle de la maladie
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie, en particulier la fiche synthèse «Hypertension artérielle» pour en apprendre davantage sur l’impact du pharmacien sur l’hypertension.

 

Ce qu’on se pose comme questions

  • Est-ce que des articles non indexés ou non publiés n’ayant pas été pris en compte par les investigateurs auraient pu rajouter une valeur de plus aux résultats obtenus par la méta-analyse?
  • Les interventions à propos de la modification des habitudes de vie n’étant pas explicites, on peut se demander quelles sont celles ayant eu un impact réel et significatif sur le contrôle des facteurs de risque des patients?

 

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Mettre en place un service spécialisé et personnalisé du contrôle de l’hypertension.
  • Préconiser l’application de ces nouvelles activités pour mettre en valeur son rôle et les répercussions découlant de ces interventions.

 

Auteurs : Nguyen Vu

Création : 19 janvier 2016

Publication :