Quelles sont les retombées d’un pharmacien ajustant l’antibiothérapie de patients septicémiques?

Jiang SP, Zhu ZY, Ma KF, Zheng X, Lu XY. Impact of pharmacist antimicrobial dosing adjustments in septic patients on continuous renal replacement therapy in  an intensive care unit. Scand J Infect Dis. 2013 Dec;45(12):891-9.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude avant-après prospective menée au Premier hôpital affilié à l’Université Zhejiang, à Hangzhou en Chine.
  • Échantillon de patients adultes admis aux soins intensifs pour sepsis ou choc septique et sous thérapie continue de remplacement rénal; 71 patients dans la phase avant et 73 patients dans la phase après.
  • Les chercheurs ont analysé rétrospectivement les dossiers de 71 patients éligibles de la phase avant, d’une durée de 365 jours. Durant cette phase, le pharmacien d’hôpital n’était jamais présent à l’unité de soins intensifs pour assurer l’ajustement de l’antibiothérapie. Les chercheurs ont analysé prospectivement les dossiers de 73 patients éligibles de la phase après, durant les 365 jours suivant la phase avant. Pour cette phase, les pharmaciens ont reçu une formation spécialisée en thérapie continue de remplacement rénal et en infectiologie des soins intensifs. Ils ont aussi reçu des aide-mémoire de poche sur l’ajustement des antibiotiques dans ce contexte précis. Durant cette phase, un pharmacien d’hôpital participait aux tournées cliniques quotidiennes et évaluait les dossiers des patients sous antibiothérapie pour sepsis et sous thérapie continue de remplacement rénal. Il évaluait les données de laboratoire disponibles et formulait ses recommandations de façon verbale et sur un formulaire développé spécifiquement pour l’étude. Le pharmacien était accompagné de deux résidents en pharmacie.
  • Le nombre d’erreurs de doses d’antibiotiques durant phase avant, soit 194 erreurs pour 71 patients, a significativement diminué durant la phase après, atteignant 54 erreurs pour 73 patients (p<0,001).
  • Le nombre d’effets indésirables (EI) reliés à l’antibiothérapie de la phase avant, soit 19 EI pour 71 patients, a significativement diminué durant la phase après, atteignant 8 EI pour 73 patients (p=0,048).
  • Le nombre de dosages de vancomycine atteignant le creux visé durant la phase avant, soit 31/47, a significativement augmenté durant la phase après, atteignant 47/56 (p<0,001).
  • La durée moyenne du séjour aux soins intensifs de la phase avant, soit 10,7 jours par patient, a significativement diminué durant la phase après, atteignant 7,7 jours par patient (p=0,037).
  • Les coûts de l’antibiothérapie aux soins intensifs de la phase avant, soit 5 129 $ ± 6 096 $ par admission, ont significativement diminués durant la phase après, atteignant 3 809 $ ± 3 691 $ (p=0,046).
  • Les coûts de l’hospitalisation aux soins intensifs de la phase avant, soit 13 463 $ ± 12 045 $ par admission, ont significativement diminués durant la phase après, atteignant 9 938 $ ± 8 811 $ (p=0,038).
  • Le taux de mortalité aux soins intensifs a connu une diminution non significative, passant de 52,9% à 47,9% (p=0,56).

Ce que nous savions déjà

  • Le rôle et les retombées du pharmacien en infectiologie sont bien documentés. Les activités pharmaceutiques relevées dans la littérature scientifique comprennent l’évaluation de la pharmacothérapie, les conseils aux patients individuels et en groupe, l’enseignement au sein et à l’extérieur du département de pharmacie, la pharmacocinétique et la surveillance de la pharmacothérapie, entre autres.
  • Une étude rapporte les retombées positives du pharmacien sur le nombre d’erreurs de doses d’antibiotiques PMID22541749 . Un article relate les retombées positives du pharmacien sur les coûts des antibiotiques par patient PMID9250230 alors qu’un autre rapporte des retombées neutres sur ces coûts PMID12774564 . Une étude cite les retombées neutres du pharmacien sur les coûts d’hospitalisation PMID23136356. Enfin, un article décrit les retombées neutres du pharmacien sur la mortalité aux soins intensifs PMID21937145.
  • On peut consulter le site Impact pharmacie, la fiche synthèse «Infectiologie» ou encore l’affiche «Rôles et retombées du pharmacien en infectiologie» présentée par l’URPP au congrès annuel de l’Association des pharmaciens en établissement de santé, à Sherbrooke (Qc) en 2014.

Ce qu’on se pose comme question

  • Serait-il envisageable d’utiliser un devis expérimental pour étudier les retombées du pharmacien auprès de cette patientèle particulière?
  • L’hétérogénéité des interventions faites par les différents pharmaciens impliqués dans la phase après affecte-t-elle la reproductibilité de l’étude?
  • Les résultats de coûts sont-ils généralisables ailleurs qu’en Chine?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Vérifier le niveau de prise en charge des patients en septicémie et sous thérapie continue de remplacement rénal lorsqu’un pharmacien clinique n’est pas présent aux soins intensifs.
  • Produire des aide-mémoire de poche sur l’ajustement de l’antibiothérapie chez les patients sous thérapie continue de remplacement rénal, destinés aux pharmaciens et aux médecins qui participent aux tournées cliniques des soins intensifs.
  • Impliquer les résidents en pharmacie dans le suivi de l’antibiothérapie aux soins intensifs.

Auteur : Émile Demers

Relecteur: Mylène Breton

Création : 6 juillet 2015

Publication: 14 octobre 2015

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