Le pharmacien et la santé cardiovasculaire du patient: quel est l’impact de ses interventions?

Tsuyuki RT, Al Hamarneh YN, Jones CA, Hemmelgarn BR. The Effectiveness of Pharmacist Interventions on Cardiovascular Risk: The Multicenter Randomized Controlled RxEACH Trial. J Am Coll Cardiol. 2016 Jun 21;67(24):2846-54. doi:10.1016/j.jacc.2016.03.528. Epub 2016 Apr 4. PubMed PMID: 27058907.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude randomisée contrôlée prospective, effectuée dans 56 pharmacies communautaires en Alberta, Canada
  • Échantillon de 723 patients ayant un haut risque cardiovasculaire (p.ex. diabète, insuffisance rénale chronique, maladie coronarienne, score à l’échelle de Framingham élevé (> 20%) en plus d’avoir au moins un facteur de risque non contrôlé (tension artérielle > 140/90 ou >130/80 mmHg si diabétique, cholestérol à lipoprotéines de basse densité (LDL) > 2 mmol/L, HbA1c > 7% ou fumeur actif)
  • L’objectif de l’étude est d’évaluer l’efficacité d’un programme mis en place par des pharmacies concernant le dépistage et l’évaluation du risque cardiovasculaire incluant les interventions qui y sont associées.
  • Les patients éligibles à l’étude sont randomisés dans le groupe contrôle ou le groupe intervention. Le groupe contrôle reçoit les services pharmaceutiques habituels sans intervention spécifique. Pour ce qui est du groupe intervention, les patients reçoivent une consultation de la part du pharmacien sur la gestion de la thérapie médicamenteuse. Cette consultation comprend une évaluation des paramètres physiques du patient (tour de taille, poids, taille, tension artérielle), des valeurs de laboratoires (obtention des valeurs d’HbA1c, bilan lipidique si non effectué dans les 3 derniers mois, le débit de filtration glomérulaire (DFG) et le ratio créatinine-albumine (RAC) si non effectués dans les 12 derniers mois) et la mesure du risque cardiovasculaire à l’aide d’outils. De plus, le pharmacien donne des recommandations au patient à l’aide de lignes directrices canadiennes sur les facteurs de risques cardiovasculaires, ajuste la pharmacothérapie, communique fréquemment avec le médecin de famille du patient et finalement, effectue un suivi régulier toutes les 3-4 semaines pendant une période totale de 3 mois.
  • Pour la tension artérielle systolique à 3 mois, le groupe intervention a une diminution plus forte de 9,37 mmHg comparativement au groupe contrôle (valeurs moyennes de tension artérielle systolique à 3 mois pour le groupe contrôle: 136.27 mmHg vs groupe intervention: 127.24 mmHg) (p<0.001)
  • Pour la tension artérielle diastolique à 3 mois, le groupe intervention a une diminution plus forte de 2.92 mmHg comparativement au groupe contrôle (valeurs moyennes de tension artérielle diastolique à 3 mois pour le groupe contrôle: 79.95 mmHg vs groupe intervention: 76.96 mmHg) (p<0.001)
  • Pour le LDL à 3 mois, le groupe intervention a une diminution plus forte de 0.2 mmol/L comparativement au groupe contrôle (valeurs moyennes de LDL à 3 mois pour le groupe contrôle: 2.23 mmol/L vs groupe intervention: 2.07 mmol/L) (p=0.001)
  • Pour l’HbA1c à 3 mois, le groupe intervention a une diminution plus forte de 0.92% comparativement au groupe contrôle (valeurs moyennes de HbA1c à 3 mois pour le groupe contrôle: 8.54% vs groupe intervention: 7.60%) (p<0.001)
  • Pour la proportion de fumeurs à 3 mois, le groupe intervention a une diminution relative de 20,2% comparativement au groupe contrôle (nombre moyen de patients à 3 mois pour le groupe contrôle: 91/342 vs groupe intervention 69/350) (p<0.001)
  • Pour le risque cardiovasculaire à 3 mois, le groupe intervention a une diminution relative de 21% comparativement au groupe contrôle (p<0.001)

Ce que nous savions déjà

  • Le rôle et les retombées du pharmacien dans la prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaire (tension artérielle, dyslipidémie, diabète, tabagisme, obésité) sont bien documentés.
  • Parmi les activités pharmaceutiques recensées, on note les conseils individuels aux patients, les rappels au patient sur l’importance de contrôler les comorbidités, l’optimisation de la thérapie et le suivi des maladies chroniques.
  • Une revue systématique démontre l’effet positif des interventions du pharmacien dans la prévention secondaire des maladies CV en termes de coûts PMID23697478.

Ce qu’on se pose comme question

  • Pour des raisons éthiques, le suivi a duré 3 mois. Est-ce que les résultats observés auraient été semblables si la durée de suivi était plus longue?
  • Est-il possible que le suivi régulier aux 3-4 semaines avec le pharmacien ait encouragé les patients à apporter des changements à leurs habitudes de vie et à être observants à la médication plus que d’habitude?
  • Y a-t-il des interventions plus efficaces que d’autres pour gérer les facteurs de risque cardiovasculaires? Si tel est le cas, quelles sont-elles?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Évaluer l’impact de chacune des interventions individuellement pour voir s’il y en a une qui est plus efficace que les autres.
  • Sensibiliser les patients sur l’importance de contrôler les comorbidités et d’adopter de saines habitudes de vie.
  • Partager les stratégies de prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaires et le suivi à faire.
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