L’implication du pharmacien en anticoagulothérapie permet elle de diminuer des coûts de santé ?

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Lee EH, Bray V, Horne R. Developing an Economic Case of Clinical Pharmacists’ Interventions on Venous Thromboembolism Prophylaxis Through Service Evaluation. J Res Pharm Pract. 2017 Apr-Jun;6(2):106-113.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude observationnelle, prospective dans un hôpital de soins tertiaires à Londres, Royaume-Uni.
  • L’étude inclut les patients âgés de plus de 18 ans étant admis à l’hôpital dans le service de médecine (n=118 patients) et de chirurgie (n=85 patients) entre le 23 mai 2016 et le 8 juin 2016. Les pharmaciens étaient présents dans le service de médecine à chaque tour médicaux matin et soir. Les pharmaciens en chirugie étaient présents au tour sans précision de fréquence.
  • L’intervention du pharmacien consistait à analyser chaque nouvelle prescription antithrombotique  et leur réévaluation 24H en fonction :
    • des données démographiques des patients,
    • de l’indication,
    • des molécules prescrites (médicaments, dosage, fréquence)
    • et la pertinence du traitement retenu en regard de l’estimation des risques de thromboses et de saignements.
  • Les prescriptions sont évaluées appropriées ou inappropriées selon ce schéma décisionnel :
    • problème de type I = bonne indication mais pas de traitement préventif,
    • problème de II = bonne indication avec un traitement préventif mais médicament non approprié,
    • problème de III = bonne indication avec un traitement préventif mais dose ou fréquence de traitement inappropriée,
    • problème de IV = traitement préventif prescrit sans indication.

 

  • L’estimation du risque thrombotique à l’admission et la pertinence de la thérapie mise en place étaient significativement plus appropriées dans le groupe de patients en service de médecine qu’en service de chirurgie : Estimation du risque : 70.3 vs 42.4%, p<0.001 et Pertinence :  80.5% vs 68.2%, p=0.045
  • La réévalauation du risque thrombotique à 24H était, au contraire significativement plus appropriée dans les services de chirurgie (60.3%vs 23.8%  , p<0.001). L’étude rapporte que 24h après l’admission seulement 22 patients (10,8%) reçoivent une évaluation des risques appropriée par les médecins sans l’intervention des pharmaciens. Mais 108 patients (53.2%) n’ont aucunement reçu de réévaluation du risque ni par le médecin, ni par le pharmacien à 24H.

 

  • Les pharmaciens ont détecté 50 prescriptions inappropriées parmi lesquelles 39 interventions (78%) ont été prises en compte par le médecin :
    • 26 cas de problème de type I :  19 interventions pour la prescription d’un traitement prophylactique manquant,
    • 6 cas de problème de II : 6 interventions de recommandations de changement de thérapie,
    • 13 cas de problème de III : 13 interventions concernaient des problèmes de dose ou de fréquence d’administration
    • 5 cas de problème de IV : une intervention pour l’arrêt de traitement.

 

  • Une analyse pharmaco économique a été faite pour estimer les coûts économisés en regard de la dépense évitée par la survenue d’un événement indésirable selon les situations I, II, III, IV . A partir d’études précédentes, la probabilité de survenue de thrombose était estimé à 0.1 dans les services de médecine et à 0.4 en chirurgie. La probabilité de survenue de saignement était de 0.01. Cette estimation prend en compte également les salaires des pharmaciens, le temps passé pour l’intervention et le cours des coûts pendant l’étude.
  • Les bénéfices nets estimés s’élèvent à 1 286,23£ pendant la durée de l’étude (2 semaines): Coûts économisés par le programme (+1 527,51£) et coûts de réalisation du programme (-241,28£). Le bénéfice annuel est estimé à 514 522£.

Ce que nous savions déjà

  • Les rôles et les retombées du pharmacien dans la prise de l’anticoagulothérapie sont bien documentés. Nous avons recensé plusieurs études indexées démontrant une diminution de coûts suite à l’intervention du pharmacien dans le suivi de l’anticoagulothérapie : PMID10610013, PMID15338843
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse Anticoagulothérapie

Ce qu’on se pose comme questions

  • Un recueil continu de données et sur une période plus étendue pourrait il montrer des résultats plus exhaustifs ?
  • Quelle a été l’incidence d’évenements indésirables dans l’étude ?
  • L’estimation des coûts est elle assez robuste ?
  • L’incidence serait elle la même dans une population plus jeune ? Est ce un axe à analyser ?
  • Quelle était la fréquence de participation au tour du pharmacien en chirurgie ?
  • Pourquoi la réévaluation du risque thrombotique 24H après l’admission reste elle encore si basse dans les deux services ?
  • L’échantillon est il assez grand et assez homogène ? (92 patients > 60 ans dans les services de médecine vs 36 dans les services de chirurgie)

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Effectuer la réévaluation du risque thrombotique à l’admission sans oublier celle 24 H après l’admission et mieux encore essayer de réaliser un suivi hôpital/ville lorsque nécessaire.
  • Partager davantage votre rôle et vos retombées sur l’importance de l’implication du pharmacien dans la prise en charge et le suivi de l’anticoagulothérapie.
  • La majorité des interventions porte sur l’abscence de mise en place de traitement alors qu’indiqué justifiant l’importance du pharmacien à contribuer à l’anticoagulothérapie.

Auteurs : Mathilde Artus, Éléonore Ferrand

Création : 31/07/2017

Publication  : 04/12/2017

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Le pharmacien communautaire améliore t’il l’adhérence et la qualité de vie des patients psychiatriques ?

McMillan SS, Kelly F, Hattingh HL, Fowler JL, Mihala G, Wheeler AJ. The impact of a person-centred community pharmacy mental health medication support service on consumer outcomes. J Ment Health. 2017 Jul 4:1-10.

 

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Ce que cette étude nous apprend

  • Étude observationnelle, prospective dans 100 pharmacies communautaires dans 3 états d’Australie.
  • L’étude inclut 418 patients âgés de plus de 18 ans, autonomes à domicile, entre octobre 2013 et novembre 2014, ayant un traitement pour une maladie psychiatrique commune (anxiété, dépression) ou une autre maladie psychiatrique suivis par un médecin généraliste pour lesquelles ont été identifié des problèmes liés aux médicaments. 295 patients ont completé le programme intégralement.
  • L’intervention du pharmacien consistait à offrir un suivi de 3 à 6 mois aux patients grâce à des entretiens physiques, téléphoniques ou parfois par courriel selon un programme de 6 étapes comprenant l’identification, la prévention, la gestion des problèmes liés aux médicaments, la promotion de bonnes habitudes de vie, un plan de traitement personnalisé.
  • La fréquence de suivi des patients varie entre 0 et 23 entrevues par patients.
  • La majorité d’entre eux (231/416) a bénéficié de 2 entrevues et plus, majoritairement en face à face (640/778) suivi par des appels téléphoniques (130/778) .
  • Sur la base de 2 entrevues, le temps moyen passé par le pharmacien pour réaliser l’intégralité de l’intervention est de 110 minutes.
  • L’intervention du pharmacien est associée à une amélioration significative du score moyen de satisfaction global  (T1 : 80.9 vs T2: 84.2 avec n=286, p<0,001) et du score de l’efficacité du traitement (T1 : 74.8 vs T2: 78.8, avec n=276, p<0,001) tous deux mesurés par l’outil Treatment Satisfaction Questionnaire for Medication (TSQM).
  • L’intervention du pharmacien est associée à une amélioration significative du score moyen de perception de la maladie mesuré par
    • L’outil Brief Illness Perception Questionnaire (BIPQ):  T1:44.8 vs  T2: 38.8, p<0.001.
    • L’outil  Short Form 12 Health Survey (SF-12) pour la composante mentale:  T1:49.3 vs T2:46.1, avec n= 267, p<0.001. Aucun changement n’a été constaté dans la composante physique entre T1 et T2.
  • A 6 mois, on note également une diminution des patients avec une basse adhérence (n=158, 56,6% vs n=121, 43,4%), et une augmentation des patients avec une moyenne adhérence (n=106, 42,4% vs n=144, 57,6%) (p=0,005) évalué avecle Modified Morisky Medication Adherence (MMMAS).
  • Le service offert a reçu une statisfaction positive (278/283) rapporté comme étant moteur de motivation (222/284), moteur d’autonomie pour la gestion de la maladie (222/284).

Ce que nous savions déjà

  • Les rôles et les retombées du pharmacien dans la prise des patients psychiatriques sont bien documentés. Nous avons recensé des articles indexés montrant une augmentation de l’adhérence médicamenteuse chez les patients psychiatriques dans les pharmacies communautaires (PMID15812103) et dans des centres hospitaliers (PMID12185826, PMID19933540).
  • Nous avons recensé deux études indexées démontrant simultanément l’augmentation de l’adhérence médicamenteuse et la satisfaction des patients par rapport à leur traitement : PMID26376830, PMID14524649
  • Une étude révèle la satisfaction des patients psychiatriques de l’intervention des pharmaciens communautaires pour la prise en charge de leur maladie : PMID12480116
  • On remarque également une amélioration des connaissances et croyances des patients envers leur maladie psychiatrique dans une étude : PMID15991756
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse Psychiatrie

Ce qu’on se pose comme questions

  • Les résultats de cette étude sont-ils généralisables à tous types de maladies psychiatriques ?
  • La mesure de l’adhérence médicamenteuse confirmée avec les renouvellements de prescriptions présenterait elle les mêmes résultats?
  • Quel est l’effet à plus long terme ?
  • Le résultat est il plus optimal avec les entrevues physiques ou téléphoniques ?
  • Le recours à un groupe contrôle aurait il donné les mêmes résultats ?
  • Quel est le coût associé à ce service et son impact en terme de consultations chez le spécialiste ou les visites aux urgences ?
  • Les chercheurs n’ont pas décrit ni le diagnostic, ni la date ni les traitements rendant la population hétérogène.

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Implanter des suivis des patients psychiatriques dans vos pharmacies communautaires ( téléphoniques ou face-à-face) et insister lors de l’initiation des traitements.
  • Disposer d’un espace dédié à l’entrevue avec les patients.
  • Utiliser des outils, lors des suivis, pour évaluer les perceptions, les satisfactions des patients et mesurer l’efficacité des traitements. Les questionnaires pourraient être remplis en salle d’attente.
  • Lire davantage sur les rôles et retombées du pharmacien dans cette population.

Auteurs : Mathilde Artus, Éléonore Ferrand

Création : 31/07/2017

Publication  :