L’usage de la télépharmacie en hypertension artérielle

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Scala D, Menditto E, Caruso G, Monetti VM, Orlando V, Guerriero F, Buonomo G,
Caruso D, D’Avino M. Are you more concerned about or relieved by medicines? An
explorative randomized study of the impact of telephone counseling by pharmacists
on patients’ beliefs regarding medicines and blood pressure control. Patient Educ
Couns. 2017 Dec 9. pii: S0738-3991(17)30652-3. 

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude randomisée contrôlée dans le Centre for the Diagnosis and theory of Arterial Hypertension dans l’hôpital de Cardarelli, Italie.
  • Échantillon de 164 adultes avec hypertension non contrôlée ((TAS>140 mmHg; TAD > 90 mmHg) ou (TAS>130 mmHg; TAD > 80 mmHg si diabétiques ou en IRC)) sous traitement antihypertenseurs depuis au moins 6 mois, excluant les femmes enceintes, allaitantes et les patients atteints de démence.
  • Les patients du groupe contrôle (n=80) ont reçu des soins usuels: prise en charge interdisciplinaire incluant le pharmacien qui a expliqué les traitements prescrits ainsi que les mesures non pharmacologiques.
  • Les patients du groupe d’intervention (n=84) ont reçu, en plus de ces services, des consultations téléphoniques aux deux semaines pendant 12 mois.
    Lors du recrutement des patients, le pharmacien voyait le patient en personne. Pendant cette consultation, le pharmacien expliquait les risques sur la santé de l’hypertension artérielle et établissait un plan de suivi téléphonique personnalisé.  Étaient abordés: les habitudes de vie des patients, les connaissances de la pathologie et des traitements, les méthodes à mettre en place pour améliorer l’observance,  le tabagisme, la perte de poids, l’alimentation, la consommation d’alcool et le stress. Lors des appels, l’évolution des pressions artérielles, les changements potentiels, les difficultés rencontrées, la présence d’effets secondaires,les oublis de doses ou les habitudes de vie étaient discutés.  À la fin de chaque appel, une restitution des connaissances était demandée.
  • L’impact de l’intervention était évaluée sur les données de pression artérielle rapportées par le patient et le questionnaire Belief on Medicine Questionnaire (BMQ) qui explore les croyances des patients liées aux médicaments. Le BMQ évalue en premier lieu le score «Necessity» c’est à dire le niveau d’importance qu’accorde le patient aux antihypertenseurs et le score «Concerns» qui explore les préoccupations du patient en rapport avec les antihypertenseurs.
  • Les patients des deux groupes ne présentaient pas de différence significative à t0 sur les issues mesurées.
  • Plusieurs résultats à retombées positives sont présentés dans l’étude après 12 mois :
    • TAS
      135,5±12,3 mm Hg pour le groupe d’intervention vs. 147,9±17,5 mm Hg pour le groupe contrôle p<0,001,
    • TAD
      86,0±7,3 mm Hg pour le groupe d’intervention vs. 90,6±5,4 pour le groupe contrôle , p<0,001,
    • Score Necessity (BMQ) (score allant de 5 à 25):
      21,07±3,08 points dans le groupe d’intervention vs. 18,11±3,51 points ,p<0,001,
    • Score Concerns (BMQ)  (score allant de 5 à 25):
      13,55±4,15 point pour le groupe d’intervention vs. 18,39±3,71 pour le groupe contrôle, p<0,001.

Ce que nous savions déjà

  • Une revue de la littérature évalue l’impact de la télépharmacie sur les soins des patients, dont plusieurs études incluant l’hypertension artérielle comme affection: PMID29100941
  • Le rôle et les retombées du pharmacien dans la prise en charge de l’hypertension sont relativement bien documentés. Plusieurs études décrivant les interventions des pharmaciens par télépharmacie en hypertension artérielles peuvent être consultées : PMID24004706 PMID25952471 et deux articles pivots PMID23821088  PMID18577730

Ce qu’on se pose comme question

  • Les résultats auraient-ils été statistiquement significatifs si les données de pression artérielle n’étaient pas rapportées par les patients ?
  • Quelle était la durée moyenne des interventions téléphoniques ?
  • Quels ont été les coûts supplémentaires associés aux suivis fait par le pharmacien dans le groupe d’intervention ?
  • Des suivis moins serrés (par exemple aux 4 semaines) pourraient-ils avoir un impact similaire sur la diminution de la pression artérielle ?
  • Les effets bénéfiques des interventions ont-t-ils préservés une fois l’étude terminée ?
  • Comment était documenté l’intervention au dossier ?
  • Quel est la part attribuable aux autres professionnels de santé sur les résultats de l’intervention ?
  • Quel est l’impact de l’intervention sur les habitudes de vie des patients (tabac, alimentation, activité physique) ?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Utiliser le BMQ lors de l’initiation des traitements pour prédire l’observance des patients aux traitements et proposer un suivi en conséquence.
  • Pour optimiser les suivis, demander au patient quels moments de la journée et de la semaine il préfère être rejoins et à quel numéro (résidentiel, cellulaire, au travail).
  • Noter au dossier du patient les objectifs ciblés avec le patient de la méthode «SMART» et faire un suivi de la progression au moins à mi-chemin du délai

Auteur : Nesrine Nimer, Éléonore Ferrand
Création : 31 janvier 2018

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Comment le pharmacien optimise-t-il la prise en charge du diabète gestationnel ?

20180112 visual abstract - Obs-gyn BattaBatta RA, Kasabri V, Akour A, Hyassat D, Albsoul-Younes A. Impact of clinical
pharmacists intervention on management of hyperglycemia in pregnancy in Jordan.
Int J Clin Pharm. 2017 Nov 14. doi: 10.1007/s11096-017-0550-3. [Epub ahead of
print] PubMed PMID: 29134488.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude randomisée contrôlée prospective à Amman, Jordanie au National center for Diabetes, Endocrinology and Genetics.
  • L’intervention a été réalisée entre avril 2016 et janvier 2017.
  • 87 patientes ont été incluses, dont 34 dans le groupe contrôle et 51 dans le groupe d’intervention. Critère d’inclusion : femme enceinte de 20-28 semaines de grossesse, avec hyperglycémie. Les femmes enceintes ayant un diabète déjà connu ont été exclues.
  • Le pharmacien réalise cinq consultations par patiente dans le groupe d’intervention entre le 5e-7e mois de grossesse et  6 semaines post-partum.
    Lors de la consultation, il distribue une brochure informative, éduque la patiente sur sa maladie et sa gestion, les complications associées, les cibles thérapeutiques ainsi que les traitements prescrits. Il s’occupe également de faire le suivi des plusieurs paramètres évalués par des questionnaires.
  • Les outils utilisés pour mesurer l’impact du pharmacien chez ces patientes sont: un questionnaire de connaissance suite à l’éducation thérapeutique, le questionnaire SF-36 pour mesurer la qualité de vie, ainsi que l’HbA1c et glycémie à jeun pour suivre l’évolution du diabète.
  • Le pharmacien a apporté un impact positif significatif sur:
    • L’amélioration de l’HbA1c;
      • -0,08% +/- 0,43 (groupe contrôle)   v.s.  -0,54% +/- 1,47 (groupe d’intervention) (p=0.04).
    • Le pourcentage de patientes contrôlées selon la glycémie à jeun ;
      • Dès le 2e suivi :
        • 64,7% des femmes dans le groupe contrôle v.s. 94,1% des femmes dans le groupe d’intervention (p=0.001);
      • Puis persistant au 3e suivi :
        • 61,8% des femmes dans le groupe contrôle v.s. 90,2% des femmes dans le groupe d’intervention (p=0.003).
    • Le pourcentage de femmes ayant des épisodes d’hypoglycémies sévères :
      • 8.8% des femmes dans le groupe contrôle v.s. 0% des femmes dans le groupe d’intervention (p=0.049);
    • Le pourcentage d’accouchements nécessitant une césarienne;
      • 58,8% des femmes du groupe contrôle v.s. 35,3 % des femmes du groupe d’intervention (p=0.04).
    • Les connaissances sur la maladie (questionnaire élaboré par le pharmacien validé à l’interne; résultat sur 10);
      • 7,32 +/- 1.95 pour le groupe contrôle v.s. 9,22 +/- 2,42 pour le groupe d’intervention (p=0.001).
    • Le bien-être émotionnel (test SF-36);
      • – 13,54 +/- 9,92 pour le groupe contrôle v.s. – 2,08 +/- 5,25 pour le groupe d’intervention (p<0.001).
    • La fonction sociale (test SF-36);
      • -23,53 +/- 17,34 pour le groupe contrôle v.s. -13,97 +/- 17,43 pour le groupe d’intervention (p<0.001).

Ce que nous savions déjà

  • Il existe peu de données dans la littérature explorant le rôle et les impacts du pharmacien auprès des femmes enceintes diabétiques. On recense toutefois un article présentant l’impact du pharmacien dans le champ de la dépression et du diabète en grossesse. PMID10199962 
  • On peut toutefois consulter le site Impact Pharmacie et les fiches synthèses sur le thème du diabète et en obstétrique/gynécologie.

Ce qu’on se pose comme question

  • Une étude faites ailleurs qu’en Jordanie aurait-elle présenté des résultats similaires ?
  • Quelle était la durée consacrée à chaque consultation par le pharmacien ? Serait-il possible de répliquer l’intervention du pharmacien avec des restrictions temporelles ?
  • Le suivi des patientes était individualisé, quel serait l’impact d’un suivi en groupe ?
  • Les différences seraient-elles encore plus significatives si les consultations pharmaceutiques avaient débutées plus tôt dans la grossesse ?
  • Deux patientes du groupe contrôle et une femme du groupe intervention ont par la suite développé un diabète détecté 6 semaines après l’accouchement. Un suivi sur un plus long terme aurait-il permis de détecter d’autres cas ?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Compte tenu des risques plus élevés de développer un diabète post-partum, il est important de sensibiliser les patientes à faire un dépistage entre 6 semaines et 6 mois après l’accouchement.
  • En pratique communautaire :
    • instaurer des méthodes pédagogiques variées pour éduquer les femmes enceintes sur leur diabète en grossesse (dépliants, vidéos, consultation en groupe, apprendre à naviguer sur Diabète Québec).
    • Évaluer les connaissances des patientes pré-consultation et aux suivis avec un questionnaire standardisé ou validé par des pairs.
  • Dans les établissements de santé :
    • Offrir au moins une consultation avec un pharmacien clinicien à chaque femme enceinte en hyperglycémie.

 

Auteurs : Nesrine Nimer, Éléonore Ferrand

Création : 21 janvier 2018