Prescription de médicaments pour une condition mineure : comment le pharmacien peut-il contribuer au désengorgement du système de santé?

Mansell K, Bootsman N, Kuntz A, Taylor J. Evaluating pharmacist prescribing for minor ailments. Int J Pharm Pract. 2015 Apr;23(2):95-101.

 

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude observationnelle prospective faite dans les pharmacies ayant accepté de participer à l’étude en Saskatchewan au Canada.
  • Échantillon de 125 patients ayant reçu l’intervention pharmaceutique du pharmacien dans la période de 1 an de l’étude (septembre 2012 à août 2013).
  • Tous les patients recevant une prescription d’un pharmacien pour une condition mineure pouvaient participer à l’étude si les pharmaciens consultées désiraient aussi participer à l’étude. Les conditions mineures dont la prescription par les pharmaciens étaient autorisées en Saskatchewan sont la rhinite allergique, l’érythème fessier, l’herpès labial, les aphtes buccaux, les piqûres d‘insectes, l’acné mineur et le muguet. Tous les pharmaciens ont reçu la formation obligatoire pour cette pratique afin de prescrire en fonction des lignes directrices. Des cartes de recrutements et des informations sur l’étude étaient données aux patients par les pharmaciens participants. Les patients étaient invités à compléter un sondage en ligne.
  • Résultats : 43 prescriptions pour l’herpès labial (34,4%), 25 prescriptions pour les piqûres d’insectes (20%), 23 prescriptions pour les allergies saisonnières (18,4%), 12 prescriptions pour les aphtes buccaux (9,6%), 9 prescriptions pour l’acné mineure (7,2%), 8 prescriptions pour le muguet (6,4%) et 5 prescriptions pour l’érythème fessier (4%).
  • 45,2% des patients n’avaient jamais consulté de médecin avant la consultation pour la condition mineure dont ils souffraient.
  • Raisons les plus fréquemment données pour expliquer le choix de consulter le pharmacien au lieu du médecin : 26% avaient confiance au pharmacien pour le traitement de la condition mineure, 20,3% considéraient que la condition n’était pas assez sérieuse pour aller voir le médecin, 17,2% croyaient que le pharmacien était plus accessible et 14,6% ne désiraient pas attendre pour voir le médecin.
  • 34 patients (39,7%) seraient allés voir un médecin ou se seraient présentés à l’urgence s’ils n’avaient pas eu la possibilité de recevoir une prescription du pharmacien.
  • 96,8% des patients ne sont pas allés voir un médecin après la consultation avec le pharmacien.
  • 99,2% des patients ont noté une amélioration de la condition mineure, dont 81,4% ont obtenu une résolution complète ou une amélioration significative au moment du sondage.

 

Ce que nous savions déjà

  • Le rôle et les retombées du pharmacien dans la prescription de médicaments sont relativement bien documentés. Une étude sur la prescription de médicaments pour des conditions mineures a déjà été publiée : PMID26600824
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie, en particulier la fiche synthèse «Prescription».

 

Ce qu’on se pose comme questions

  • Est-ce que le fait que la prescription par des pharmaciens pour des conditions mineures soit remboursée par le gouvernement en Saskatchewan puisse avoir un impact sur les résultats obtenus?
  • Est-ce que les résultats obtenus pour les 7 conditions mineures autorisées en Saskatchewan peuvent être généralisés pour d’autres conditions mineures?
  • Est-ce que les résultats obtenus sont plutôt liés à l’évolution normale de la condition mineure?
  • Quel est l’impact au niveau économique pour la société de la prescription pour des conditions mineures par des pharmaciens et quelles modalités de remboursement seraient idéales?

 

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Prescrire des médicaments pour des conditions mineures grâce à la loi 41.
  • Faire de la publicité dans votre pharmacie pour promouvoir les conditions mineures pour lesquelles les pharmaciens peuvent prescrire.
  • Établir un endroit spécifique aux consultations afin d’offrir une plus grande confidentialité offrant ainsi un environnement plus propice à la consultation pour des conditions mineures par les patients.

 

Auteurs : Roxanne Lessard-Hurtubise

Création : 21 octobre 2016

 

Quel est l’impact du pharmacien dans la prise en charge des médicaments néphrotoxiques chez les insuffisants rénaux?

Cabello-Muriel A, Gascón-Cánovas JJ, Urbieta-Sanz E, Iniesta-Navalón C. Effectiveness of pharmacist intervention in patients with chronic kidney disease. Int J Clin Pharm. 2014 Oct;36(5):896-903

 

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude quasi-randomisée contrôlée au sein d’un département de médecine interne d’un hôpital dans la ville de Murcia en Espagne.
  • Échantillon de 249 patients présentant une insuffisance rénale et prenant au moins un médicament néphrotoxique dans leur traitement pharmacologique, dont 124 patients ont été répartis dans le groupe contrôle et 125 patients ont bénéficié de l’intervention.
  • À l’admission des patients du groupe intervention, le pharmacien effectuait une histoire médicamenteuse en se référant au dossier médical et effectuait des entrevues avec les patients et les prescripteurs afin d’analyser la thérapie médicamenteuse. Le pharmacien déterminait si les médicaments néphrotoxiques étaient appropriés pour le patient en vérifiant, entre autres, les doses et les durées de traitement. S’ils n’étaient pas appropriés, le pharmacien contactait dans les premières 24 à 48 heures après l’admission des patients le médecin traitant afin d’ajuster la dose ou encore de cesser le traitement. Le pharmacien analysait tout au long de l’hospitalisation les résultats de laboratoire et/ou les changements de thérapie médicamenteuse afin d’identifier des problèmes pharmacologiques pouvant avoir un impact sur la néphrotoxicité.
  • Pour le groupe contrôle, une vérification de la clairance à la créatinine a été effectuée au moment de l’admission et au congé. Les patients recevaient les soins usuels par le médecin traitant (sans pharmacien) tout au long de l’hospitalisation.
  • 329 prescriptions de médicaments potentiellement néphrotoxiques ont été identifiés dans le groupe intervention, dont 88 (27%) n’étaient pas correctement ajustées. 88 recommandations ont donc été envoyées à l’équipe médicale traitante : 65 (73,9%) ont été acceptées.
  • L’intervention a diminué le pourcentage de médicaments potentiellement néphrotoxiques non ajustés de 26,7% (88/329) à 6,9% (23/329).
  • Les médicaments les plus souvent ciblés par l’intervention du pharmacien étaient les quinolones, les beta-lactames, la ranitidine, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IECA) et l’allopurinol.
  • Différence relative* de la clairance à la créatinine du groupe intervention vs groupe contrôle : +19,9mL/min (p < 0,05).
  • Différence de créatinine* sérique du groupe intervention vs groupe contrôle : -0,36 (p < 0,01).
  • Différence relative de la clairance à la créatinine pour les patients présentant une insuffisance rénale de stage 3 est de +16,6mL/min dans le groupe contrôle et de 14,5mL/min dans le groupe intervention (différence non significative).
  • Différence relative de la clairance à la créatinine pour les patients présentant une insuffisance rénale de stage 4 ou 5 est de 16,1mL/min dans le groupe contrôle et de 36,6mL/min dans le groupe intervention (p < 0,05).

*Ajustée pour les variables suivantes : stage d’insuffisance rénal, sexe, mesure de base de la fonction rénale, âge

 

Ce que nous savions déjà

  • Le rôle et les retombées du pharmacien dans la prise en charge de l’insuffisance rénale sont relativement bien documentés. Des études sur la prise en charge des médicaments chez les patients présentant de l’insuffisance rénale en milieu hospitalier ont déjà été publiées : PMID11422633, PMID21719712, PMID19776297.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie, en particulier la fiche synthèse «Insuffisance rénale».

 

Ce qu’on se pose comme questions

  • Est-ce que les résultats observés sont maintenus ou même améliorés à long terme?
  • Est-ce que les résultats observés seraient les mêmes en utilisant une formule différente pour le calcul de la clairance à la créatinine (MDRD, Cockcroft-Gault…)?
  • Étant donné que tous les médicaments ayant une mention de néphrotoxicité dans leur monographie ont été considérés comme des médicaments potentiellement néphrotoxiques peu importe la fréquence ou la sévérité, quel impact aurait la stratification de la néphrotoxicité sur les résultats?

 

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Analyser les dossiers patients présentant une insuffisance rénale afin d’identifier les problèmes médicamenteux liés à la néphrotoxicité et de les corriger.
  • Faire un suivi des patients présentant une insuffisance rénale afin d’ajuster les médicaments selon la fonction rénale.
  • Instaurer un poste de pharmacien dans le département de médecine interne.

 

Auteurs : Roxanne Lessard-Hurtubise

Création : 21 octobre 2016

 

 

 

La vaccination par les pharmaciens permet-elle d’améliorer la couverture vaccinale contre la grippe?

Isenor JE, Alia TA, Killen JL, Billard BA, Halperin BA, Slayter KL, McNeil SA, MacDougall D, Bowles SK. Impact of pharmacists as immunizers on influenza vaccination coverage in Nova Scotia, Canada. Hum Vaccin Immunother. 2016 May 3;12(5):1225-8.

 

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude observationnelle rétrospective faite en Nouvelle-Écosse, Canada.
  • La population de la Nouvelle-Écosse a été étudiée pour voir l’impact de l’intervention du pharmacien entre 2013 et 2014.
  • Depuis 2013, il est maintenant possible pour les pharmaciens de vacciner les patients de 5 ans et plus dans la Nouvelle-Écosse. Environ 430 des 1262 pharmaciens licenciés ont obtenu la certification demandée et ont ainsi participé au programme universel de vaccination contre la grippe qui est financé par le gouvernement.
  • En 2013-2014, les pharmaciens ont administré 78 102 doses de vaccin contre la grippe. Ceci représente une augmentation de 15,8% du nombre total de doses administrées en 2012-2013 (391 170 doses en 2012-2013 vs 337 746 doses en 2013-2014).
  • La couverture vaccinale globale des patients de plus de 5 ans de la Nouvelle-Écosse a augmenté de 5,9% (IC95% 5,87 – 6,1) entre 2012-2013 et 2013-2014, passant de 35,7% à 41,6% (p < 0,001).
  • Des 41,6% des résidents de la Nouvelle-Écosse qui ont reçu le vaccin contre la grippe en 2013-2014, 8,7% ont été vaccinés par un pharmacien, 26,6% ont été vaccinés par un médecin et 6,3% ont été vaccinés par la santé publique.
  • La couverture vaccinale chez les patients de 65 ans et plus de la Nouvelle-Écosse est passée de 61,8% à 71,6% (p < 0,001) entre 2012-2013 et 2013-2014, établissant alors un nouveau record de couverture vaccinale chez cette population.

 

Ce que nous savions déjà

 

Ce qu’on se pose comme questions

  • Est-ce que la sensibilisation de la population à la vaccination grippale (entre autres à l’influenza H1N1) pourrait expliquer en partie les résultats observés?
  • Est-ce que les résultats observés pourraient plutôt être expliqués par un changement du vaccinateur choisi par le patient (des vaccinateurs plus traditionnels aux pharmaciens), sans nécessairement augmenter la couverture vaccinale?

 

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Offrir les services d’une infirmière à la pharmacie afin d’offrir la vaccination contre la grippe
  • Encourager vos patients à se faire vacciner contre la grippe
  • Participer aux campagnes de promotion de la profession du pharmacien en lien avec la vaccination
  • Promouvoir dans votre entourage les avantages de la vaccination par les pharmaciens

 

Auteur : Roxanne Lessard-Hurtubise

Création : 20 octobre 2016

Erreurs dans les prescriptions de traitements antirétroviraux lors des hospitalisations : comment le pharmacien peut-il les diminuer?

Batra R, Wolbach-Lowes J, Swindells S, Scarsi KK, Podany AT, Sayles H, Sandkovsky U. Impact of an electronic medical record on the incidence of antiretroviral prescription errors and HIV pharmacist reconciliation on error correction among hospitalized HIV-infected patients. Antivir Ther. 2015;20(5):555-9.

 

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude observationnelle prospective réalisée dans le Nebraska Medical Center, aux États-Unis. Ce centre hospitalier reçoit environ 150 à 200 admissions de patients infectés par le virus d’immunodéficience humaine (VIH) par année. Une étude antérieure par la même équipe de recherche en 2009-2011 rapporte un taux d’erreurs de prescription d’antirétroviraux de 35,1% dans cet établissement. 55% de ces erreurs n’étaient jamais corrigées lors des hospitalisations.
  • Échantillon de 186 admissions au centre médical pour un total de 105 patients différents ayant reçu l’intervention du pharmacien entre 2013 et 2014.
  • Le pharmacien spécialisé en VIH effectuait une réconciliation de la thérapie antirétrovirale prise au domicile avec les prescriptions de l’hôpital au courant des 24 premières heures d’admission. Le processus consistait à l’identification des différences de thérapie et à la communication avec l’équipe médicale traitante de ces divergences afin de les corriger.
  • 43 erreurs médicamenteuses identifiées parmi 31 admissions (16,7% de toutes les admissions).
  • L’incidence des erreurs de prescriptions a diminué de 35,1% en 2009-2011 (sans intervention du pharmacien) à 16,7% en 2013-2014, avec un risque relatif de 0,47 (IC95% = 0,34 – 0,67).
  • Erreurs ont 61% moins de chance de se produire dans le groupe intervention qu’avant l’implantation de l’intervention (p<0,001).
  • Erreurs les plus fréquentes : horaires d’administration incorrects (42%), omissions d’un médicament de la thérapie antirétrovirale (21%), interactions médicamenteuses (18,6%) et doses incorrectes (16%).
  • Toutes les erreurs médicamenteuses ont été corrigées par le pharmacien au courant de l’hospitalisation des patients. 65% des erreurs étaient corrigées dans les 24h après l’admission; 81,4% étaient corrigées dans les 48h après l’admission.
  • Erreurs ont 9,4 fois plus de chance d’être corrigées dans les 24 premières heures dans le groupe intervention qu’avant l’implantation de l’intervention (p<0,001).

 

Ce que nous savions déjà

 

Ce qu’on se pose comme questions

  • Est-ce qu’il sera possible d’appliquer un tel protocole dans les établissements de santé dans un contexte de ressources limitées et de charge de travail élevée? Si oui, quel en sera le coût?
  • Est-il possible d’espérer les mêmes résultats dans les centres ne possédant pas d’équipe multidisciplinaire spécialisée en VIH?

 

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Mettre en place un système de surveillance des erreurs médicamenteuses des thérapies antirétrovirales lors de l’admission des patients à un établissement de santé.
  • Posséder une équipe multidisciplinaire spécialisée en VIH comprenant un pharmacien dans l’établissement de santé.

 


Auteur:
Roxanne Lessard-Hurtubise

Création: 20 octobre 2016