Le pharmacien peut-il avoir un impact sur la prescription des anticoagulants oraux directs?

20170803 visual abstract - Miele - AOD

Miele C, Taylor M, Shah A. Assessment of Direct Oral Anticoagulant Prescribing
and Monitoring Pre- and Post-Implementation of a Pharmacy Protocol at a Community
Teaching Hospital. Hosp Pharm. 2017 Mar;52(3):207-213.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude avant-après rétrospective réalisée à l’Hôpital Sinai à Baltimore, au Maryland, États-Unis.
  • L’étude est divisée en deux étapes. L’étape pré-intervention se déroule entre janvier et mars 2015 et inclus 50 patients et 333 doses administrées. L’étape post-intervention se passe entre janvier et mars 2016 et inclus 85 patients et 816 doses.
  • L’objectif consiste à évaluer l’impact d’un protocole utilisé par les pharmaciens développé en décembre 2015 pour améliorer la conformité des prescriptions et le suivi des anticoagulants oraux directs (AODs).
  • Lors de la période pré-intervention, 40 % des prescriptions étaient inappropriées contre 29% durant la période post-intervention.
  • Dans le groupe post-intervention, 25 patients étaient concernés par une prescription inappropriée, dont 22 d’entre eux ont bénéficié d’une intervention pharmaceutique. 86 % des interventions pharmaceutiques ont été acceptées.
  • Une amélioration de l’administration des doses est observée suite à l’implantation du programme; 32,4% des doses étaient administrées de façon inappropriées (n=333)  contre 13,8% des doses dans le groupe post-intervention (n = 816) (p=0,005 ou p=0,039 lorsqu’ajusté à l’àge et la classe de l’AOD).
  • Une diminution de la prescription des AODs contre-indiqués est observée dans le groupe post-intervention;  26% des doses (28/108) étaient contre-indiqués contre 14% (16/113) dans le groupe post-intervention (p=0,042).
  • Aucune différence significative n’a été trouvée concernant la prescription d’AODs en surdosage ou en sous-dosage.

Ce que nous savions déjà

  • Les rôles et retombées du pharmacien en anticoagulothérapie sont bien documentés. Toutefois, du fait du caractère récent de ces molécules, on recense peu d’articles sur les AODs.
  • Une étude réalisée au Japon présente les résultats d’un audit rétrospectif sur la conformité des prescriptions initiales de Dabigatran des patients hospitalisés et ambulatoires. PMID28116115
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur l’anticoagulothérapie.

Ce qu’on se pose comme question

  • Comment les résultats ont-ils été influencé par le prescripteur qui avait la possibilité de refuser les recommandations des pharmaciens?
  • Quelle a été la conformité des prescriptions des relais anticoagulants injectables et anticoagulants oraux ?
  • Est-ce que les résultats auraient été différents si les quatre AODs avaient été représentés de façon égale ( Apixaban et rivaroxaban majoritairement utilisés dans la population) ?
  • Quel est l’impact de l’intégration du protocole à plus long terme?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Pour chaque patients ayant un AOD, vérifier s’il a été prescrit de façon approprié (dose, indication, présence d’une insuffisance rénale, etc).
  • Évaluer la possibilité de développer un protocole de prescription et de suivi des AODs.
  • Documenter votre activité sur cette récente classe d’anticoagulants oraux.

Auteur : Sarah Pelletier, Éléonore Ferrand

Création : 7 août 2017

 

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Pharmacien hospitalier spécialisé en soins intensifs vs pharmacien non spécialisé?

 

20170804 visual abstract - Soins intensifs

Richter A, Bates I, Thacker M, Jani Y, O’Farrell B, Edwards C, Taylor H,
Shulman R. Impact of the introduction of a specialist critical care pharmacist on
the level of pharmaceutical care provided to the critical care unit. Int J Pharm
Pract. 2016 Aug;24(4):253-61.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude avant-après prospective réalisée dans trois unités de soins intensifs de trois hôpitaux universitaires du centre-nord de Londres, Royaume-Uni.
  • L’étude se déroule en deux phases de 6 semaines. La première est réalisée d’avril à juin 2009 et implique dans le centre test un pharmacien non spécialiste. La seconde d’avril à juin 2010 et implique un pharmacien spécialiste en poste depuis 4 mois au sein de la même unité de soins intensifs. Les deux autres unités disposent de pharmaciens spécialistes et servent de contrôle pour l’étude.
  • L’objectif de l’étude est d’évaluer l’impact de l’introduction d’un pharmacien spécialiste en soins intensifs et de le comparer à un pharmacien clinicien non-spécialiste à partir des données issues de la revue de médication.
  • Le nombre moyen d’interventions/jour a augmenté suite à l’introduction du pharmacien spécialiste; 2,69 interventions/j en moyenne contre 5,45 interventions/j en phase 2 (p < 0,0005). (Contrôle centre 1  : 10.53/j en phase 1 vs 10.35/j en phase 2, centre 2 : 7.55/j en phase 1 vs 8.65/j en phase 2). Les deux interventions les plus fréquentes en phase 2 concernaient le changement de dose et l’ajout d’une thérapie pour une indication non traitée. Une augmentation significative d’interventions relatives à l’arrêt de thérapie est également observée entre la phase 1 et la phase 2.
  • Davantage d’interventions proactives sont réalisées par le spécialiste; 4,89 contre 2,05, (p < 0,0005).
  • L’intervention est associée à une meilleure détection quotidienne des erreurs par le pharmacien spécialiste; 3.84 en moyenne contre 1,71 (p < 0,05). (Contrôle centre 1 : 7.10/j en phase 1 vs 7.47/j en phase 2, centre 2 : 6.79/j vs 8.47/j en phase 2).
  • La majorité des interventions ont potentiellement empêché des erreurs évaluées comme étant modérés en phase 2 ( 52.7% vs 66.7% en phase 1), suivi des erreurs évaluées faibles (24.7% vs 15.35%) et sevères (22.6% vs 16.7%).
  • L’acceptation des interventions par l’équipe médicale ne diffère pas selon le statut du pharmacien; 90% dans les deux phases.

Ce que nous savions déjà

  • Le rôle et les retombées du pharmacien en soins intensifs sont relativement bien documentés. D’autres études décrivent les retombées du pharmaciens dans ce domaine PMID22821310PMID10422996
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur les soins intensifs.

Ce qu’on se pose comme question

  • L’augmentation des interventions réalisées par le pharmacien est-elle réellement due à l’expertise du pharmacien spécialiste? Ou à un autre facteur (p.ex. pharmacien plus proactif)?
  • L’impact aurait-il été plus grand si l’étude était réalisée plusieurs mois suivant l’introduction du pharmacien spécialiste à l’unité des soins intensifs (p.ex. après 1 an au lieu de 4 mois)?
  • Les cohortes de patients ne sont pas nécessairement similaires dans les deux phases, cela a t’il eu un impact sur les résultats ?
  • Quelle est l’évolution clinique des patients suite aux interventions?
  • Quelle est la satisfaction de l’équipe?
  • Le site à l’étude ne disposait pas de système informatique de prescription, les résultats auraient ils été encore plus significatif en présence d’un tel outil ?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Être un pharmacien proactif pour maximiser le nombre d’interventions nécessaires à l’optimisation de la pharmacothérapie.
  • Évaluer la possibilité d’introduire un pharmacien spécialiste dans l’unité de soins intensifs de votre établissement.

Auteur : Sarah Pelletier, Éléonore Ferrand

Création : 4 août 2017

Le pharmacien peut-il améliorer l’utilisation des stylos d’insuline ?

20180509 Forough - stylo insuline

Forough AS, Esfahani PR. Impact of Pharmacist Intervention on Appropriate Insulin Pen Use in Older Patients with Type 2 Diabetes Mellitus in a Rural Area
in Iran. J Res Pharm Pract. 2017 Apr-Jun;6(2):114-119.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude avant-après prospective se déroulant dans l’Amiral Momenim General Hospital à Khodabandeh, en Iran.
  • Échantillon de 122 patients âgés de 60 ans et plus inclus entre janvier à mars 2015.
  • L’étude évalue l’impact d’une intervention éducative sur l’incidence des erreurs liées à l’usage inapproprié du stylo d’insuline. L’évaluation des connaissances initiales des patients passe par un questionnaire axée sur les techniques d’injection, de préparation et de conservation du stylo. Sont identifiés dans ce questionnaire onze erreurs d’utilisation potentielles comme par ex, l’usage multiple d’une aiguille, une dose incorrecte, une aiguille bloquée, un angle d’injection incorrect. Suite à l’intervention du pharmacien, le questionnaire est répété 12 semaines après. En parallèle,  les valeurs d’hémoglobine glyquée (HbA1c) et de glycémie ont été extraites avant et après l’intervention.
  • L’intervention pharmaceutique est associée à une diminution du nombre total d’erreurs détectées; 487 erreurs contre 182,  et à une diminution significative du nombre moyen d’erreurs par patient; 3,99 à 1,49 (p <0,05) après l’intervention.
  • L’intervention est associée à une amélioration significative du contrôle de la glycémie; glycémie moyenne de 161,7 mg/dL (8,98 mmol/L) à 147,3 mg/dL (8,18 mmol/L) (p < 0,05).
  • Aucune différence significative n’a toutefois été trouvée dans les valeurs moyennes d’HbA1c : 8,1% à 7,6% après 12 semaines.

Ce que nous savions déjà

  • Les rôles et les retombées du pharmacien dans la prise en charge des patients diabétiques sont bien documentés. Nous avons recensé d’autres articles décrivant des interventions du pharmacien qui permettent une amélioration de la glycémie et de l’HbA1c des patients PMID22971205 , PMID17523968
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur le diabète

Ce qu’on se pose comme question

  • Quel aurait-été l’impact de l’intervention sur l’HbA1c à plus long terme?
  • Les résultats auraient-ils été différents chez de plus jeunes patients?
  • L’impact d’une intervention semblable réalisée par des pharmaciens communautaires aurait-elle été différente?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Prendre le temps de bien expliquer l’utilisation du stylo d’insuline à son patient.
  • Utiliser de bonnes techniques de communication pour favoriser la compréhension du patient.
  • Faire un suivi pour vérifier l’utilisation appropriée du stylo par le patient.
  • Faire un suivi des glycémies et de l’HbA1c afin d’assurer le bon contrôle du diabète.

Auteur : Sarah Pelletier, Éléonore Ferrand

Création : 20 juillet 2017

Le pharmacien peut-il optimiser la prise en charge de la douleur et de l’agitation chez les patients aux soins intensifs?

20170621 Visual Abstract - Pain and agitation in intensive care

Dilokpattanamongkol P, Tangsujaritvijit V, Suansanae T, Suthisisang C. Impact
of pharmaceutical care on pain and agitation in a medical intensive care unit in
Thailand. Int J Clin Pharm. 2017 Jun;39(3):573-581.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude avant-après réalisée dans une unité de soins intensifs au sein d’un hôpital universitaire en Thaïlande.
  • Le groupe pré-intervention contient 90 patients admis à l’unité entre janvier 2013 et décembre 2014. Le groupe post-intervention implique 66 patients admis entre avril et octobre 2015. Les patients sont tous âgés de plus de 18 ans, sous respiration artificielle et nécessitent une thérapie analgésique et/ou sédative.
  • Un pharmacien est présent à temps plein dans le groupe post-intervention à la différence du groupe pré-intervention. L’intervention consiste en à la mise en application de son expertise concernant l’usage approprié des analgésiques et sédatifs.
  • Les prescriptions des agents analgésiques et/ou sédatifs sont évaluées par le pharmacien  pour chaque patient selon : L’évaluation de la douleur, de l’agitation et/ou du délirium, la cause, l’âge du patient, les maladies sous-jacentes, le fonctionnement des organes, le problème actif, les données biologiques et la médication coéxistante.
  • L’intégration du pharmacien à l’équipe de soins intensifs a permis de réduire significativement la durée du séjour en soins intensifs ; durée médiane de 10 jours contre 6,5 jours,  et la durée d’hospitalisation ; durée médiane de 30,5 jours contre 17,5 jours après l’intervention.
  • L’intervention pharmaceutique est également associée à une diminution du nombre de jours sous respiration artificielle :14 jours contre 6,5 jours après l’intervention.
  • Aucune différence significative n’a cependant été montrée sur le taux de mortalité des patients : 53,03% contre 46,67% après l’intervention.

Ce que nous savions déjà    

  • Les rôles et les retombées du pharmacien aux soins intensifs sont bien documentés. Nous avons recensé une autre étude qui montre les retombées positives de la gestion de la douleur et de l’agitation par le pharmacien aux soins intensifs PMID28179250.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur les soins intensifs

Ce qu’on se pose comme question

  • Est-ce que l’impact de l’introduction d’un pharmacien spécialisé serait le même dans d’autres unités de l’hôpital?
  • Quel est l’impact d’un  pharmacien spécialisé sur les autres pathologies rencontrées aux soins intensifs (p.ex. infections)?
  • Quel est le coût associé à l’ajout d’un pharmacien spécialiste à l’équipe des soins intensifs et les économies éventuelles relatives à une diminution de la durée de séjour et l’usage approprié des médicaments ?
  • Quel était le niveau présence pharmaceutique dans le groupe pré intervention?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Suivre les lignes directrices sur la gestion de la douleur et de l’agitation afin d’optimiser la pharmacothérapie des patients en soins intensifs.
  • Ne pas hésiter à utiliser son expertise dans la gestion des médicaments pour la douleur et l’agitation et faire ses recommandations.

Auteurs : Sarah Pelletier, Éléonore Ferrand

Création : 22 juin 2017

L’outil RASP dans la réconciliation médicamenteuse des patients âgés?

20170804 visual abstract - RASP personnes âgées

Van der Linden L, Decoutere L, Walgraeve K, Milisen K, Flamaing J, Spriet I,
Tournoy J. Combined Use of the Rationalization of Home Medication by an Adjusted
STOPP in Older Patients (RASP) List and a Pharmacist-Led Medication Review in
Very Old Inpatients: Impact on Quality of Prescribing and Clinical Outcome. Drugs
Aging. 2017 Feb;34(2):123-133.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude quasi-randomisée contrôlée réalisée sur des patients gériatriques dans un hôpital universitaire à Flanders en Belgique.
  • Échantillon de 172 patients admis entre décembre 2011 à août 2012 répartis comme tel: 81 patients dans le groupe contrôle et 91 patients dans le groupe intervention.
  • L’intervention du pharmacien clinicien consiste à effectuer la réconciliation médicamenteuse (équivalent au bilan comparatif des médicaments) en deux étapes à l’arrivée et à la sortie des patients. Durant la première étape, le pharmacien utilisait la liste RASP (Rationalization of home medication by an Adjusted STOPP in older Patients), une liste basée sur les critères STOPP. La seconde étape permet d’aller plus loin dans la revue de la médication en s’attardant davantage sur les traitements non appropriés (p. ex. patients sur ou sous-traités). Les recommandations des pharmaciens sont ensuite rapportées aux médecins et un suivi est réalisé après un et trois mois suivant le congé. Le groupe contrôle était pris en charge par un gériatre qui n’était pas au courant du protocole de l’étude.
  • Dans le groupe intervention, plus de 18% de médicaments ont été arrêtés ou réduits de dose comparé aux médicaments du groupe contrôle.
  • Le nombre médian de médicaments potentiellement inappropriés qui ont été arrêtés et non ré-initiés au congé est plus élevé dans le groupe intervention; nombre médian de médicaments de la liste RASP prescrit au congé: 0,5 médicaments potentiellement inappropriés contre 2 dans le groupe contrôle (p < 0,001).
  • Le ratio du nombre de médicaments au congé sur le nombre de médicaments à l’admission n’est pas significativement différent entre les deux groupes.
  • Le ratio de mortalité mesuré durant l’hospitalisation et à trois mois après le congé n’est pas significativement différent d’un groupe à l’autre : 6,7 contre 7,5 dans le groupe contrôle.
  • Le nombre de ré-hospitalisations n’est pas significativement différent d’un groupe à l’autre. Cependant, le nombre de patients qui se sont présentés aux urgences sans ré-hospitalisation est plus bas dans le groupe intervention (1/87) que dans le groupe contrôle (7/79) (p=0,021).
  • La qualité de vie mesurée avec l’index Eq-5D est meilleure dans le groupe intervention que dans le groupe contrôle (0,358 contre 0,294, p = 0,008).

Ce que nous savions déjà

  • Le rôle et les retombées du pharmacien en gériatrie sont relativement bien documentés. Plusieurs études ont été publiés sur la prise en charge des patients gériatriques par le pharmacien PMID11443021PMID17493184PMID22642783
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur la gériatrie.

Ce qu’on se pose comme question

  • Quel est l’effet de l’intervention à plus long terme?
  • Cette pratique pourrait-elle être applicable en pharmacie communautaire?
  • Quel serait le résultat d’une comparaison de la mesure de la qualité de vie si elle était évaluée avant et après l’intervention pour un même patient?
  • L’outil RASP est il plus efficace que l’outil STOPP ? Un des deux outils est-il à privilégier ?
  • Quel est l’impact économique de l’intervention?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Utiliser les critères STOPP/START lors de la révision de la pharmacothérapie des patients âgés.
  • Ne pas hésiter à faire ses recommandations aux médecins.
  • Faire le suivi des patients âgés, particulièrement s’ils ont un médicament potentiellement inapproprié dans leur pharmacothérapie.

Auteur : Sarah Pelletier, Éléonore Ferrand

Création : 3 août 2017

Le pharmacien a-t-il un impact sur la gestion de la douleur?

20180130 visual abstract - gestion de la douleur - Mathew

Mathew S, Chamberlain C, Alvarez KS, Alvarez CA, Shah M. Impact of a
Pharmacy-Led Pain Management Team on Adults in an Academic Medical Center. Hosp
Pharm. 2016 Sep;51(8):639-645.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude observationnelle rétrospective réalisée dans un établissement de santé universitaire à Dallas, Texas, États-Unis.
  • Échantillon de 100 patients adultes (âge moyen:43 ans) admis entre le 1er novembre 2009 et le 1er novembre 2011 et atteints de douleur aiguë et/ou chronique.
  • 43% des patients avaient des antécédents de toxicomanie et 22% des patients avaient des antécédents psychiatriques. La majorité des patients ont rapporté une douleur aiguë, soit seule ou secondaire à une douleur chronique, et les sites douloureux les plus fréquents concernaient le dos et l’abdomen. 88% des patients prenaient des opioïdes avant leur admission.
  • L’intervention consistait en la mise en place d’un service de consultation pour la gestion de la douleur par un pharmacien spécialiste.  Ce service implique une évaluation de la douleur, de la pharmacothérapie, des effets indésirables, du statut fonctionnel des patients et tout autre facteur pouvant influencer la gestion de la douleur. La douleur des patients a été évaluée par un score de douleur, allant de 0 à 10, calculé à partir de la documentation des infirmières 24H avant et 24H après la visite du pharmacien et renouvelé 24H avant le congé du patient.
  • 585 des 821 interventions faites par le pharmacien concernaient la douleur, dont 24,3% suggéraient l’ajout d’opioïdes, 14,9% l’ajout d’un autre agent antalgique et  18.5% l’augmentation des doses. Les autres interventions non relatives à la douleur (236) concernaient la prise en charge des effets indésirables comme la constipation (33%) et les nausées/vomissements (19.5%).
  • Les scores moyens de douleurs ont été améliorés suite à la consultation avec le pharmacien. En effet, le score pré-consultation était de 6,15. 24H après la consultation, le score était de 3,25 (p < 0,001) et 24H avant le congé, le score moyen était de 2,6 (p < 0,001).
  • Parmi les 100 patients à l’étude, 86,6% des 82 patients ayant plus de 2 notes de consultation au dossier ont présenté une amélioration de leurs fonctions telles que le sommeil, la mobilité et l’appétit.
  • Huit patients ont été réadmis en raison de leur douleur après 14 jours et 14 patients après 30 jours.

Ce que nous savions déjà

  • Le rôle et les retombées du pharmacien dans la prise en charge de la douleur sont relativement bien documentés. Des études décrivant une réduction la douleur grâce aux interventions du pharmacien ont déjà été publiés, dont une méta-analyse PMID24480911
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur la douleur.

Ce qu’on se pose comme question

  • L’intervention a-t-elle conduit à un meilleur usage des opioïdes ?
  • Quels auraient été les résultats si cette intervention avait été comparé à un groupe contrôle ?
  • Les résultats auraient-ils été les mêmes avec un plus grand échantillon ou dans une autre catégorie d’âge?
  • Quelle était l’observance des patients qui ont été réadmis à 14 jours et 30 jours?
  • Compte tenu des antécédents de toxicomanie qui concernent 43% des patients, quelle est la persistance de l’intervention dans le temps ?
  • Les infirmières ont-elles bien documenté la douleur des patients ?
  • Quel est le coût par rapport aux bénéfices de ces interventions ?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Profiter du suivi rendu possible grâce à l’hospitalisation des patients pour mesurer l’efficacité des interventions.
  • Conseiller les patients sur la gestion de leurs douleurs.
  • Faire le suivi de l’efficacité du traitement et des effets indésirables.
  • Épargner les prescriptions d’opioïdes lorsque non nécessaires.
  • Relayer l’information au pharmacien de ville.

Auteur : Sarah Pelletier, Éléonore Ferrand

Création : 7 août 2017

Le pharmacien et les médicaments à risque élevé?

Diapositive1

Morrison C, MacRae Y. Promoting Safer Use of High-Risk Pharmacotherapy: Impact
of Pharmacist-Led Targeted Medication Reviews. Drugs Real World Outcomes. 2015
Sep;2(3):261-271.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude de cohorte prospective réalisée dans 16 établissements de santé du conseil de santé NHS Highland en Écosse.
  • Intervention entre juin 2012 et février 2013
  • 3184 patients inclus parmi 39.399: Inclusion si présence d’au moins un médicament à risque élevé lors d’un renouvellement de prescription.
  • La pertinence de la pharmacothérapie a été évaluée et des recommandations ont été émises lorsque le médicament à risque devait être modifié ou cessé. L’acceptation ou le refus de ces recommandations ainsi qu’un suivi sur la survenue des effets indésirables sur an ont été récolté.
  • Au total, les pharmaciens ont effectué 440 recommandations dont 94% (413/440) concernaient des patients âgés de plus de 60 ans parmi lesquelles 49% (214/440) ont été acceptées par les médecins.
  • Une différence significative a été observée dans la proportion d’effets indésirables survenus suite aux recommandations. 10% (22/226) des recommandations rejetées ont occasionnées des effets indésirables contre 0% (0/179) des recommandations acceptées. Selon les auteurs, 21 cas de survenue d’effets indésirables dont trois ayant conduit à une hospitalisation auraient probablement été évités si le médecin avait accepté la recommandation du pharmacien.
  • Les médicaments ou les combinaisons de médicaments à risque élevé ont été identifiés à l’aide d’outil notamment le START/STOP, une liste des médicaments anticholinergiques. L’étude suggère d’adopter une plus grande vigilance sur ces associations:
  1. Les AINS/diurétique/IECA (triple whammy)
  2. Les AINS/médicaments réduisant la fonction rénale
  3. Les AINS/absence d’IPP chez les 75 ans et plus
  4. Les hypnotique/benzodiazépine, les antidépresseurs tricycliques et les antipsychotiques chez les plus de 60 ans.
  • Les médecins généralistes ayant participé à l’étude ont reconnu l’importance du pharmacien.

Ce que nous savions déjà

Ce qu’on se pose comme question

  • L’impact aurait il été le même en présence d’un groupe contrôle ?
  • Faudrait il établir d’autres listes de médicaments à risques élevés pour les populations plus jeunes, ou d’autres populations polymédicamentées ?
  • Un suivi sur une plus longue durée aurait-il permis de détecter 100% des effets indésirables ?
  • Les patients déclarent ils tous la survenue d’effets indésirables, quelles sont les croyances de la population sur les effets indésirables ?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Faire une révision adéquate de la pharmacothérapie des patients en collaboration avec les médecins généralistes.
  • Utiliser les critères STOPP/START comme outil d’aide à la révision de la pharmacothérapie chez les personnes de 65 ans et plus.
  • Assurer le suivi des effets indésirables des médicaments à risque élevé.
  • Evaluer tous les profils, pas uniquement les personnes âgées.

Auteur : Sarah Pelletier, Éléonore Ferrand

Création : 24 juillet 2017