Pharmacien hospitalier spécialisé en soins intensifs vs pharmacien non spécialisé?

 

20170804 visual abstract - Soins intensifs

Richter A, Bates I, Thacker M, Jani Y, O’Farrell B, Edwards C, Taylor H,
Shulman R. Impact of the introduction of a specialist critical care pharmacist on
the level of pharmaceutical care provided to the critical care unit. Int J Pharm
Pract. 2016 Aug;24(4):253-61.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude avant-après prospective réalisée dans trois unités de soins intensifs de trois hôpitaux universitaires du centre-nord de Londres, Royaume-Uni.
  • L’étude se déroule en deux phases de 6 semaines. La première est réalisée d’avril à juin 2009 et implique dans le centre test un pharmacien non spécialiste. La seconde d’avril à juin 2010 et implique un pharmacien spécialiste en poste depuis 4 mois au sein de la même unité de soins intensifs. Les deux autres unités disposent de pharmaciens spécialistes et servent de contrôle pour l’étude.
  • L’objectif de l’étude est d’évaluer l’impact de l’introduction d’un pharmacien spécialiste en soins intensifs et de le comparer à un pharmacien clinicien non-spécialiste à partir des données issues de la revue de médication.
  • Le nombre moyen d’interventions/jour a augmenté suite à l’introduction du pharmacien spécialiste; 2,69 interventions/j en moyenne contre 5,45 interventions/j en phase 2 (p < 0,0005). (Contrôle centre 1  : 10.53/j en phase 1 vs 10.35/j en phase 2, centre 2 : 7.55/j en phase 1 vs 8.65/j en phase 2). Les deux interventions les plus fréquentes en phase 2 concernaient le changement de dose et l’ajout d’une thérapie pour une indication non traitée. Une augmentation significative d’interventions relatives à l’arrêt de thérapie est également observée entre la phase 1 et la phase 2.
  • Davantage d’interventions proactives sont réalisées par le spécialiste; 4,89 contre 2,05, (p < 0,0005).
  • L’intervention est associée à une meilleure détection quotidienne des erreurs par le pharmacien spécialiste; 3.84 en moyenne contre 1,71 (p < 0,05). (Contrôle centre 1 : 7.10/j en phase 1 vs 7.47/j en phase 2, centre 2 : 6.79/j vs 8.47/j en phase 2).
  • La majorité des interventions ont potentiellement empêché des erreurs évaluées comme étant modérés en phase 2 ( 52.7% vs 66.7% en phase 1), suivi des erreurs évaluées faibles (24.7% vs 15.35%) et sevères (22.6% vs 16.7%).
  • L’acceptation des interventions par l’équipe médicale ne diffère pas selon le statut du pharmacien; 90% dans les deux phases.

Ce que nous savions déjà

  • Le rôle et les retombées du pharmacien en soins intensifs sont relativement bien documentés. D’autres études décrivent les retombées du pharmaciens dans ce domaine PMID22821310PMID10422996
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur les soins intensifs.

Ce qu’on se pose comme question

  • L’augmentation des interventions réalisées par le pharmacien est-elle réellement due à l’expertise du pharmacien spécialiste? Ou à un autre facteur (p.ex. pharmacien plus proactif)?
  • L’impact aurait-il été plus grand si l’étude était réalisée plusieurs mois suivant l’introduction du pharmacien spécialiste à l’unité des soins intensifs (p.ex. après 1 an au lieu de 4 mois)?
  • Les cohortes de patients ne sont pas nécessairement similaires dans les deux phases, cela a t’il eu un impact sur les résultats ?
  • Quelle est l’évolution clinique des patients suite aux interventions?
  • Quelle est la satisfaction de l’équipe?
  • Le site à l’étude ne disposait pas de système informatique de prescription, les résultats auraient ils été encore plus significatif en présence d’un tel outil ?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Être un pharmacien proactif pour maximiser le nombre d’interventions nécessaires à l’optimisation de la pharmacothérapie.
  • Évaluer la possibilité d’introduire un pharmacien spécialiste dans l’unité de soins intensifs de votre établissement.

Auteur : Sarah Pelletier, Éléonore Ferrand

Création : 4 août 2017

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Le pharmacien peut-il améliorer l’utilisation des stylos d’insuline ?

20180509 Forough - stylo insuline

Forough AS, Esfahani PR. Impact of Pharmacist Intervention on Appropriate Insulin Pen Use in Older Patients with Type 2 Diabetes Mellitus in a Rural Area
in Iran. J Res Pharm Pract. 2017 Apr-Jun;6(2):114-119.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude avant-après prospective se déroulant dans l’Amiral Momenim General Hospital à Khodabandeh, en Iran.
  • Échantillon de 122 patients âgés de 60 ans et plus inclus entre janvier à mars 2015.
  • L’étude évalue l’impact d’une intervention éducative sur l’incidence des erreurs liées à l’usage inapproprié du stylo d’insuline. L’évaluation des connaissances initiales des patients passe par un questionnaire axée sur les techniques d’injection, de préparation et de conservation du stylo. Sont identifiés dans ce questionnaire onze erreurs d’utilisation potentielles comme par ex, l’usage multiple d’une aiguille, une dose incorrecte, une aiguille bloquée, un angle d’injection incorrect. Suite à l’intervention du pharmacien, le questionnaire est répété 12 semaines après. En parallèle,  les valeurs d’hémoglobine glyquée (HbA1c) et de glycémie ont été extraites avant et après l’intervention.
  • L’intervention pharmaceutique est associée à une diminution du nombre total d’erreurs détectées; 487 erreurs contre 182,  et à une diminution significative du nombre moyen d’erreurs par patient; 3,99 à 1,49 (p <0,05) après l’intervention.
  • L’intervention est associée à une amélioration significative du contrôle de la glycémie; glycémie moyenne de 161,7 mg/dL (8,98 mmol/L) à 147,3 mg/dL (8,18 mmol/L) (p < 0,05).
  • Aucune différence significative n’a toutefois été trouvée dans les valeurs moyennes d’HbA1c : 8,1% à 7,6% après 12 semaines.

Ce que nous savions déjà

  • Les rôles et les retombées du pharmacien dans la prise en charge des patients diabétiques sont bien documentés. Nous avons recensé d’autres articles décrivant des interventions du pharmacien qui permettent une amélioration de la glycémie et de l’HbA1c des patients PMID22971205 , PMID17523968
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur le diabète

Ce qu’on se pose comme question

  • Quel aurait-été l’impact de l’intervention sur l’HbA1c à plus long terme?
  • Les résultats auraient-ils été différents chez de plus jeunes patients?
  • L’impact d’une intervention semblable réalisée par des pharmaciens communautaires aurait-elle été différente?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Prendre le temps de bien expliquer l’utilisation du stylo d’insuline à son patient.
  • Utiliser de bonnes techniques de communication pour favoriser la compréhension du patient.
  • Faire un suivi pour vérifier l’utilisation appropriée du stylo par le patient.
  • Faire un suivi des glycémies et de l’HbA1c afin d’assurer le bon contrôle du diabète.

Auteur : Sarah Pelletier, Éléonore Ferrand

Création : 20 juillet 2017

Le pharmacien optimise t’il la qualité de vie et le bien être psychologique des patients cancéreux ?

20170803 Résumé visuel - Malaisie - Perrine

Periasamy U, Mohd Sidik S, Rampal L, Fadhilah SI, Akhtari-Zavare M, Mahmud R. Effect of chemotherapy counseling by pharmacists on quality of life and psychological outcomes of oncology patients in Malaysia: a randomized control trial. Health Qual Life Outcomes. 2017 May 15;15(1):104

Ce que cette étude nous apprend :

  • Étude randomisée contrôlée prospective dans le service d’oncologie à l’Hôpital gouvernemental, Serdang, Selangor, Malaisie.
  • Échantillon de 162 patients cancéreux, randomisé en 2 groupes (groupe contrôle n=81 et groupe intervention n=81) durant 8 mois, en 2014.
  • L’intervention pharmaceutique a consisté, en plus des soins habituellement délivrés par le pharmacien, à offrir aux patients des sessions éducatives de 45 minutes lors du renouvellement du cycle de chimiothérapie. Les objectifs de ces sessions étaient de répondre aux questions des patients et abordaient notamment  :  la chimiothérapie, les principaux problèmes rencontrés avant, pendant et après la chimiothérapie, de l’aide et des conseils pharmaceutiques. 
  • Tous les patients ont eu à répondre à des questionnaires avant le début de l’étude puis lors des cycles de chimiothérapie (3 à 6 cycles) pour évaluer la qualité de vie, l’anxiété et les symptômes dépressifs.
  • Trois questionnaires ont été utilisé : Word Health Organization Quality Of Life-BREF (WHOQOL-BREF), le Questionnaire Patient Health (PHQ-9) et le Questionnaire Generalized anxiety disorder-7 (GAD-7).
  • Le suivi répété des patients est associé à une augmentation significative de la qualité de vie avec un effet significativement marqué sur la santé physique, la santé psychologique, les relations sociales et les relations liés à l’environnement (p=0.001).
  • Le suivi répété est également associé à une diminution significative des symptômes dépressifs et de l’anxiété (respectivement p=0.000 et p=0.028).

Ce que nous savions déjà :

  • Les rôles et retombées du pharmacien sur la qualité de vie des patients cancereux sont documentés. Nous avons recensé quelques études indexées explorant la satistaction des patients dont PMID26911478PMID26697487, PMID24726204 .
  • Une revue systématique réalisée en 2015 évalue l’impact des interventions du pharmacien sur la Health-Related Quality-of-Life PMID27363846.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur le cancer et l’hémato-oncologie.

Ce qu’on se pose comme question :

  • La localisation du cancer ainsi que le choix de la stratégie thérapeutique ne sont-ils pas des paramètres à prendre en compte afin d’objectiver de l’impact des pharmaciens sur la qualité de vie des patients ?
  • Quel est l’impact clinique de l’intervention ?
  • L’intervention a-t-elle eu un impact sur l’adhérence des patients aux traitements ? sur les connaissances du patient ?
  • Les données de cette étude monocentrique peuvent elle être généralisées à d’autres centres ?

Ce que vous pouvez notamment faire :

  • L’évaluation de la qualité de vie des patients atteints de cancer est un bon paramètre permettant de mesurer la qualité des soins en oncologie.
  • Mettre en place un suivi régulier des patients cancéreux avec des entretiens à chaque nouvelle cure de chimiothérapie.
  • Vérifier la restitution des connaissances des patients.
  • Identifier le profil psychologique des patients nouvellement diagnostiqués pour en adapter la prise en charge.

Auteur : Perrine Scherrer, Éléonore Ferrand

Création : 21 juin 2017

Impact d’une alerte informatique en cas de bactériémie à Staphylococcus Aureus

20170804 visual abstract - Soins intensifs

Wenzler E, Wang F, Goff DA, Prier B, Mellett J, Mangino JE, Bauer KA. An Automated, Pharmacist-Driven Initiative Improves Quality of Care for Staphylococcus aureus Bacteremia. Clin Infect Dis. 2017 Apr 4.

Ce que cette étude nous apprend :

  • Étude quasi-randomisée contrôlée, rétrospective, conduite à The Ohio State University Wexner Medical Center (OSUWMC), États-Unis, durant 6 mois, en 2016.
  • Échantillon de 45 et 39 patients atteints de bactériémie à Staphylocoque doré départagés en 2 groupes (respectivement contrôle et intervention) de caractéristiques très similaires.
  • En temps normal, les prélèvements positifs à Staphylocoque sont communiqués aux médecins par le personnel du laboratoire de microbiologie. L’étude évalue l’impact de la mise en place d’une fonction informatique qui envoie des alertes aux pharmaciens lors de la détection de nouveau cas. En plus des alertes, l’outil affiche également les données démographiques des patients, les résultats microbiologiques, les antimicrobiens administrés et dispose d’interventions pharmaceutiques manuscrites pré-programmées basées sur les guidelines. Cet outil est à l’initiative des pharmaciens et est intégré aux dossier médicaux électroniques des patients. 
  • L’objectif de l’étude est d’évaluer l’impact de cette notification sur la qualité de la prise en charge des bactériémies. (conformité aux recommandations, délai d’intervention du pharmacien, la durée de la bactériémie, la durée du séjour, le taux de réadmission et la mortalité toutes causes confondues à 30 jours).
  • Les quatre composantes relatives à la conformité aux recommandations ont été significativement plus fréquemment observées dans le groupe d’intervention (68.9% vs 92.3%; p = 0.008)  et incluait : Initiation du traitement cible (84,4% vs 100% ; p = 0,03), consultation infectieuse (75,6% vs 94,9% ; p=0,015), répétition des prélèvements (95,6% vs 100% ; p=0,497) et échocardiographie (93,3% vs 92,3% ; p=1).
  • Le traitement cible était en moyenne initiée 40h plus tôt dans le groupe intervention (91.8 [17.3-722] vs. 54.3 [9.5-239.9], P=0.079). 
  • La mortalité à 30 jours, toutes causes confondues était 6 fois plus élevée dans le groupe contrôle (15,6% vs 2,6% ; p = 0,063).
  • Aucune différence statistiquement significative n’a été observé concernant la durée de la bactériémie, la durée du séjour ou le taux de réadmission.

Ce que nous savions déjà :

  • Bien que les études relatives à un logiciel informatique de prise en charge soient encore peu nombreuses, les rôles et retombées du pharmacien en infectiologie sont relativement bien documentés. Nous avons recensé plusieurs études indexées dont PMID26802917, PMID27641249 et PMID12669912.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur l’infectiologie et l’informatique.

Ce qu’on se pose comme question :

  • Est-ce que les résultats observés seraient les mêmes sur un plus grand échantillon ? 
  • Est-ce aussi efficace que les équipes mobiles d’infectiologies?
  • La consultation infectieuse n’est elle pas la principale source de ces résultats ?
  • Cet outil pourrait-il être utilisé pour d’autres germes ?
  • Les patients du groupe intervention étaient plus jeunes et moins sujets à des infections pulmonaires chroniques, cela a t’il eu un impact sur les résultats notamment la mortalité ?

Ce que vous pouvez notamment faire :

  • Les interventions étaient à la fois communiquer à l’oral et via le logiciel. Compte tenu des résultats de cette étude, promouvoir vos interventions même si vous ne disposez pas de cet outil.
  • Proposer l’intégration d’outils informatiques impliquant les pharmaciens dans la prise en charge de patients.

Auteur : Perrine Scherrer, Eléonore Ferrand

Création : 26 juillet 2017

Quel est l’impact du pharmacien sur le taux de réadmission lorsqu’intégré dans un programme de transition de soins ?

20170803 Résumé visuel - transition de soins - Perrine

Polinski JM, Moore JM, Kyrychenko P, Gagnon M, Matlin OS, Fredell JW, Brennan TA, Shrank WH. An Insurer’s Care Transition Program Emphasizes Medication Reconciliation, Reduces Readmissions And Costs. Health Aff (Millwood). 2016 Jul 1;35(7):1222-9.

Ce que cette étude nous apprend :

  • Étude rétrospective observationnelle non randomisée dans des hôpitaux des états du nord-est des États-Unis et le District de Columbia, durant 6 mois en 2013.
  • Échantillon de 131 patients dans le groupe contrôle et 131 dans le groupe intervention, chacun ayant des caractéristiques similaires. Au sein de chaque groupe, les patients sont départagés en 2 : patients à risque modéré à élevé et patients à risque élevé. L’attribution dans les groupes a été évalués selon : l’âge, le nombre et le type de médicaments, les comorbidités, l’historique médicamenteux et hospitaliers. Les patients ont été invités par téléphone à participer à l’étude trois jours après le congé.
  • L’objectif de l’étude était d’évaluer si un programme de transition de soins basé sur
    la reconciliation médicamenteuse était efficace pour réduire les taux de réadmission à 30 jours toutes causes confondues. Les motifs de réadmissions ont été aussi analysés afin de voir s’ils étaient identiques à la précédente et l’impact financier de l’intervention a également été évalué.
  • L’intervention pharmaceutique a consisté en une revue de la médication personnalisée, à domicile pour les patients à risque élevé (n = 54) et par téléphone pour les patients à risque modéré à élevé (n = 77). Les patients étaient suivi 30 jours après leur congé. Était également fournit aux patients des conseils sur l’adhérence, le plan de traitement et un soutien motivationnel. 
  • L’intervention est associée à une réduction de 50% du risque relatif de réadmission dans les 30 jours, toute cause confondue représentant une diminution de 11.1% du risque absolue. Les patients du groupe intervention étaient moins susceptibles d’être réadmis.
  • L’estimation des coûts révèle que pour 1$ investi, le retour sur investissement est de 2$. Une économie de 1347$ par patient a été estimée suite aux interventions du pharmacien.
  • Le problème le plus fréquemment identifié par la revue de médication concernait surtout l’omission d’une thérapie à la sortie (67% des cas).

Ce que nous savions déjà :

Ce qu’on se pose comme question :

  • Quel est l’impact du programme à plus long terme ?
  • Les patients ont ils rencontré d’autres professionnels à la sortie pouvant potentialiser les résultats ?
  • Quel est le coût réél associé à l’invetissement, notamment au déplacement du pharmacien à domicile pour son intervention?
  • Combien de pharmaciens étaient mobilisés et quelle était la durée de l’intervention ?
  • Est il possible de déterminer si l’intervention est plus efficace via un coup de téléphone ou la visite à domicile ?
  • L’estimation des coûts peut varier d’une localisation géographique à une autre. Cette étude peut-elle alors être généralisée aux autres hôpitaux ?

Ce que vous pouvez notamment faire :

  • Mettre en place un lien pharmacie de ville – hôpital pour chaque patient.
  • Renforcer ou prioriser la prise en charge des patients ayant des facteurs de risques plus importants.
  • Les patients sont bien souvent enclin à recevoir un suivi surtout si celui ci leur évite une ré hospitalisation, le proposer dès qu’opportain.
  • Vérifier l’abscence d’omission des traitements à la sortie des patients.
  • Diffuser les informations aux autres professionnels de santé.

Auteurs : Perrine Scherrer, Éléonore Ferrand

Création : 25 juillet 2017

 

Le pharmacien peut-il optimiser la prise en charge de la douleur et de l’agitation chez les patients aux soins intensifs?

20170621 Visual Abstract - Pain and agitation in intensive care

Dilokpattanamongkol P, Tangsujaritvijit V, Suansanae T, Suthisisang C. Impact
of pharmaceutical care on pain and agitation in a medical intensive care unit in
Thailand. Int J Clin Pharm. 2017 Jun;39(3):573-581.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude avant-après réalisée dans une unité de soins intensifs au sein d’un hôpital universitaire en Thaïlande.
  • Le groupe pré-intervention contient 90 patients admis à l’unité entre janvier 2013 et décembre 2014. Le groupe post-intervention implique 66 patients admis entre avril et octobre 2015. Les patients sont tous âgés de plus de 18 ans, sous respiration artificielle et nécessitent une thérapie analgésique et/ou sédative.
  • Un pharmacien est présent à temps plein dans le groupe post-intervention à la différence du groupe pré-intervention. L’intervention consiste en à la mise en application de son expertise concernant l’usage approprié des analgésiques et sédatifs.
  • Les prescriptions des agents analgésiques et/ou sédatifs sont évaluées par le pharmacien  pour chaque patient selon : L’évaluation de la douleur, de l’agitation et/ou du délirium, la cause, l’âge du patient, les maladies sous-jacentes, le fonctionnement des organes, le problème actif, les données biologiques et la médication coéxistante.
  • L’intégration du pharmacien à l’équipe de soins intensifs a permis de réduire significativement la durée du séjour en soins intensifs ; durée médiane de 10 jours contre 6,5 jours,  et la durée d’hospitalisation ; durée médiane de 30,5 jours contre 17,5 jours après l’intervention.
  • L’intervention pharmaceutique est également associée à une diminution du nombre de jours sous respiration artificielle :14 jours contre 6,5 jours après l’intervention.
  • Aucune différence significative n’a cependant été montrée sur le taux de mortalité des patients : 53,03% contre 46,67% après l’intervention.

Ce que nous savions déjà    

  • Les rôles et les retombées du pharmacien aux soins intensifs sont bien documentés. Nous avons recensé une autre étude qui montre les retombées positives de la gestion de la douleur et de l’agitation par le pharmacien aux soins intensifs PMID28179250.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur les soins intensifs

Ce qu’on se pose comme question

  • Est-ce que l’impact de l’introduction d’un pharmacien spécialisé serait le même dans d’autres unités de l’hôpital?
  • Quel est l’impact d’un  pharmacien spécialisé sur les autres pathologies rencontrées aux soins intensifs (p.ex. infections)?
  • Quel est le coût associé à l’ajout d’un pharmacien spécialiste à l’équipe des soins intensifs et les économies éventuelles relatives à une diminution de la durée de séjour et l’usage approprié des médicaments ?
  • Quel était le niveau présence pharmaceutique dans le groupe pré intervention?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Suivre les lignes directrices sur la gestion de la douleur et de l’agitation afin d’optimiser la pharmacothérapie des patients en soins intensifs.
  • Ne pas hésiter à utiliser son expertise dans la gestion des médicaments pour la douleur et l’agitation et faire ses recommandations.

Auteurs : Sarah Pelletier, Éléonore Ferrand

Création : 22 juin 2017

L’outil RASP dans la réconciliation médicamenteuse des patients âgés?

20170804 visual abstract - RASP personnes âgées

Van der Linden L, Decoutere L, Walgraeve K, Milisen K, Flamaing J, Spriet I,
Tournoy J. Combined Use of the Rationalization of Home Medication by an Adjusted
STOPP in Older Patients (RASP) List and a Pharmacist-Led Medication Review in
Very Old Inpatients: Impact on Quality of Prescribing and Clinical Outcome. Drugs
Aging. 2017 Feb;34(2):123-133.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude quasi-randomisée contrôlée réalisée sur des patients gériatriques dans un hôpital universitaire à Flanders en Belgique.
  • Échantillon de 172 patients admis entre décembre 2011 à août 2012 répartis comme tel: 81 patients dans le groupe contrôle et 91 patients dans le groupe intervention.
  • L’intervention du pharmacien clinicien consiste à effectuer la réconciliation médicamenteuse (équivalent au bilan comparatif des médicaments) en deux étapes à l’arrivée et à la sortie des patients. Durant la première étape, le pharmacien utilisait la liste RASP (Rationalization of home medication by an Adjusted STOPP in older Patients), une liste basée sur les critères STOPP. La seconde étape permet d’aller plus loin dans la revue de la médication en s’attardant davantage sur les traitements non appropriés (p. ex. patients sur ou sous-traités). Les recommandations des pharmaciens sont ensuite rapportées aux médecins et un suivi est réalisé après un et trois mois suivant le congé. Le groupe contrôle était pris en charge par un gériatre qui n’était pas au courant du protocole de l’étude.
  • Dans le groupe intervention, plus de 18% de médicaments ont été arrêtés ou réduits de dose comparé aux médicaments du groupe contrôle.
  • Le nombre médian de médicaments potentiellement inappropriés qui ont été arrêtés et non ré-initiés au congé est plus élevé dans le groupe intervention; nombre médian de médicaments de la liste RASP prescrit au congé: 0,5 médicaments potentiellement inappropriés contre 2 dans le groupe contrôle (p < 0,001).
  • Le ratio du nombre de médicaments au congé sur le nombre de médicaments à l’admission n’est pas significativement différent entre les deux groupes.
  • Le ratio de mortalité mesuré durant l’hospitalisation et à trois mois après le congé n’est pas significativement différent d’un groupe à l’autre : 6,7 contre 7,5 dans le groupe contrôle.
  • Le nombre de ré-hospitalisations n’est pas significativement différent d’un groupe à l’autre. Cependant, le nombre de patients qui se sont présentés aux urgences sans ré-hospitalisation est plus bas dans le groupe intervention (1/87) que dans le groupe contrôle (7/79) (p=0,021).
  • La qualité de vie mesurée avec l’index Eq-5D est meilleure dans le groupe intervention que dans le groupe contrôle (0,358 contre 0,294, p = 0,008).

Ce que nous savions déjà

  • Le rôle et les retombées du pharmacien en gériatrie sont relativement bien documentés. Plusieurs études ont été publiés sur la prise en charge des patients gériatriques par le pharmacien PMID11443021PMID17493184PMID22642783
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur la gériatrie.

Ce qu’on se pose comme question

  • Quel est l’effet de l’intervention à plus long terme?
  • Cette pratique pourrait-elle être applicable en pharmacie communautaire?
  • Quel serait le résultat d’une comparaison de la mesure de la qualité de vie si elle était évaluée avant et après l’intervention pour un même patient?
  • L’outil RASP est il plus efficace que l’outil STOPP ? Un des deux outils est-il à privilégier ?
  • Quel est l’impact économique de l’intervention?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Utiliser les critères STOPP/START lors de la révision de la pharmacothérapie des patients âgés.
  • Ne pas hésiter à faire ses recommandations aux médecins.
  • Faire le suivi des patients âgés, particulièrement s’ils ont un médicament potentiellement inapproprié dans leur pharmacothérapie.

Auteur : Sarah Pelletier, Éléonore Ferrand

Création : 3 août 2017