Quel est l’impact clinique est économique du pharmacien dans une unité de chimiothérapie?

Han JM, Ah YM, Suh SY, Jung SH, Hahn HJ, Im SA, Lee JY. Clinical and economic impact of pharmacists’ intervention in a large volume chemotherapy preparation unit. Int J Clin Pharm. 2016 Oct;38(5):1124-32. doi: 10.1007/s11096-016-0339-9

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude observationnelle rétrospective dans une unité de chimiothérapie à large volume au Cancer Hospital of Seoul National University à Séoul en Corée du Sud
  • L’étude inclut toutes les interventions des pharmaciens effectuées et documentées dans le département d’oncologie entre mai 2012 et avril 2013
  • Les interventions effectuées sont revus par un oncologue et un pharmacien indépendants afin d’en évaluer la pertinence clinique. Les deux professionnels de la santé attribuent une note de « non significatif » à « extrêmement significatif » à l’intervention. Un tableau résume la décision du pharmacien et celle de l’oncologue séparément et en fait une moyenne. Aussi, une analyse coût-bénéfice des interventions des pharmaciens a été faite en déduisant le salaire des pharmaciens.
  • Un total de 39 649 prescriptions pour 6 364 patients ont été analysées pour lesquelles 631 ont reçu une intervention du pharmacien pour 435 patients. L’acceptation moyenne est de 72,1%.  La principal intervention des pharmaciens concerne un problème de dose (60,9% des interventions avec un taux d’acceptation de 65,5%). La principale raison de refus des interventions à 56,5% est une demande changement de dose qui se trouve dans une marge de 10% de la dose initialement prescrite.
  • La moyenne de la notation du pharmacien et de l’oncologue donne: 1.3 % des interventions qui sont considérées extrêmement pertinentes, 9,8% interventions très pertinentes, 39,3% interventions pertinentes, 44,1% interventions plus ou moins pertinentes et finalement, 5,5% interventions qui sont non pertinentes
  • L’analyse coût-bénéfice présente un total des coûts sauvés de 85 896,5$. De plus, le total des bénéfices est de 160 555 $ et le coût-bénéfice net de 116 493,4 $

Ce que nous savions déjà

Ce qu’on se pose comme question

  • Les interventions faites par les pharmaciens ont-elles toutes été documentées?
  • Les résultats de l’analyse coût-bénéfice seraient-ils les mêmes si un groupe témoin était présent dans l’étude?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Mettre en place un étude interne sur un pharmacien dans votre unité d’oncologie afin de confirmer ou d’infirmer les résultats de cette étude
  • Exposer les bénéfices monétaires d,avoir un pharmaciens dans une unité d’oncologie

Auteur: Soraya Mamoun

Création: 08/11/2016

Publication: 14/06/2017

 

Le pharmacien peut-il améliorer les soins dans le département d’urgence d’un hôpital?

Abdelaziz H, Al Anany R, Elmalik A, Saad M, Prabhu K, Al-Tamimi H, Salah SA,Cameron P. Impact of clinical pharmacy services in a short stay unit of a hospital emergency department in Qatar. Int J Clin Pharm. 2016 Aug;38(4):776-9.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude observationnelle rétrospective dans le département de soins de courte durée de l’urgence à l’hôpital général de Hamad, Doha, Qatar afin d’évaluer l’impact du pharmacien dans cette unité.
  • Tous les patients ayant 18 ans et plus admis  entre octobre 2012 et avril 2013.
  • Les pharmaciens commencent leur journée avec une tournée des patients avec les autres membres de l’équipe médicale. Les pharmaciens pouvaient intervenir auprès du prescripteur pendant ou après la tournée. Le tout est documenté dans le dossier patient et dans un système électronique. Des pharmaciens indépendants ont ensuite analysé les interventions des pharmaciens de l’urgence.
  • Les intervention documentés par les pharmaciens visaient à 24,4% donner de l’information au médecin, 22% l’arrêt d’un médicament non nécessaire, 19,3% l’optimisation d’une dose, 16% l’ajout d’un médicament à la thérapie, 7,6% le changement de la, fréquence d’administration d’un médicament, 5,7% faire un résumé de la médication et à 5% donner de l’information aux patients.
  • Les classes pharmaceutiques visées par les interventions des pharmaciens sont nombreuses: 19,6% sont des médicaments agissant sur le système cardiovasculaire, 19,2% des anti-infectieux, 12,6% des médicaments agissant sur le système gastro-intestinal, 9,3% des médicaments reliés à des pathologies endocriniennes, 8,4% des médicaments reliés à des pathologies d’origine hématologique, 7,6% des médicaments ayant leur action sur le système nerveux central et finalement, 5,7% sont des médicaments agissant sur le système respiratoire.
  • Les recommandations des pharmaciens de l’unité ont un taux d’acceptation de92,9% et 4,6% des interventions ont été rejeté. De plus, 2,5% des recommandations ont été acceptées puis révisées ultérieurement par les médecins.

Ce que nous savons déjà

Ce qu’on se pose comme question

  • Quel est l’impact du pharmacien auprès de patients dans un état critique qui sont admis à l’urgence?
  • Les résultats sont-il transposables chez une population pédiatrique?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Noter toutes interventions effectuées dans votre pratique en tant que pharmacien
  • Évaluer la possibilité d’effectuer des études internes dans votre hôpital afin de voir le rôle du pharmacien dans plusieurs départements

Auteurs: Soraya Mamoun

Création: 07 novembre 2016

Publication: 07 juin 2017

 

Une activité interprofessionnelle peut-elle améliorer l’attitude des étudiants face à la collaboration médecin-pharmacien?

Shrader S, Hummel H, Byrd L, Wiley K. An introprofessional geriatric medication activity within a senior mentor program. Am J Pharm Educ. 2013 Feb 12;77(1):15.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude prospective avant-après, au sein d’une université de la Caroline du sud, États-Unis.
  • Échantillon de 241 étudiants dont 79 étudiants de 3ème année en pharmacie et 162 étudiants de 2ème année en médecine.
  • Dans le cadre d’un cours universitaire, des équipes ont été formées. Celles-ci étaient composées d’un étudiant de 3ème année en pharmacie et de deux étudiants de 2ème année en médecine. L’activité a consisté en la rencontre par l’équipe d’un patient mentor. Les trois étudiants ont alors fait l’entrevue du patient en plus de son histoire pharmacothérapeutique. Ils ont également fait une analyse en collaboration, ont discuté de la médication du patient et ont finalement écrit un texte dans lequel ils ont identifié les problèmes liés à la médication du patient en plus de réfléchir sur l’expérience interprofessionnelle. Les étudiants ont été appelés à remplir un sondage validé, «The Scale of Attitudes Toward Physician-Pharmacist Collaboration», pour mesurer leur attitude face à la collaboration interprofessionnelle avant et après l’activité. Une échelle de quatre points (allant de 1 (fortement en désaccord) à 4 (fortement d’accord)) a été utilisée.
  • Score médian des étudiants en médecine pour la question suivante: «les pharmaciens sont qualifiés pour évaluer et répondre aux besoins de traitement médicamenteux des patients»: 3 avant l’activité vs 3 après l’activité (différence non significative p>0,05);
  • Score médian des étudiants en médecine pour la question suivante: «pendant leurs études, les étudiants en pharmacie et en médecine devraient être impliqués ensemble dans des travaux d’équipe dans le but de comprendre les rôles respectifs de chacun»: 3 avant l’activité vs 3 après l’activité (différence non significative p>0,05);
  • Score médian des étudiants en médecine pour la question suivante: «les pharmaciens peuvent contribuer aux décisions au sujet des interactions médicamenteuses affectant le patient»: 4 avant l’activité vs 4 après l’activité (différence non significative p>0,05);
  • Score médian des étudiants en médecine pour la question suivante: «les pharmaciens ont une expertise spéciale dans le conseil au patient pour le traitement médicamenteux»: 3 avant l’activité vs 3 après l’activité (différence non significative p>0,05);
  • Score médian des étudiants en médecine pour la question suivante: «les pharmaciens et les médecins devraient contribuer tous les deux aux décisions au sujet du type et du dosage des médicaments donnés aux patients»: 3 avant l’activité vs 3 après l’activité (différence non significative p>0,05);
  • Score médian des étudiants en médecine pour la question suivante: «la fonction première des pharmaciens est de servir la prescription du médecin sans poser de questions»: 2 avant l’activité vs 2 après l’activité (différence non significative p>0,05);
  • Score médian des étudiants en médecine pour la question suivante: «les pharmaciens, tout comme les médecins, devraient avoir des responsabilités pour la surveillance des effets des médicaments sur les patients»: 3 avant l’activité vs 3 après l’activité (différence significative p<0,05);
  • Score médian des étudiants en médecine pour la question suivante: «les pharmaciens devraient clarifier une ordonnance de médecin lorsqu’ils pensent qu’il pourrait potentiellement y avoir un effet néfaste pour le patient »: 4 avant l’activité vs 4 après l’activité (différence significative p<0,05);
  • Score médian des étudiants en médecine pour la question suivante: «les médecins devraient consulter les pharmaciens pour aider les patients avec les effets secondaires ou réfractaires aux traitements médicamenteux»: 3 avant l’activité vs 3 après l’activité (différence non significative p>0,05);
  • Score médian des étudiants en médecine pour la question suivante: «les médecins devraient être mis au courant que les pharmaciens peuvent aider dans l’élaboration du bon traitement médicamenteux »: 4 avant l’activité vs 4 après l’activité (différence non significative p>0,05);
  • Score médian des étudiants en médecine pour la question suivante: «des relations interprofessionnelles entre les médecins et les pharmaciens devraient être incluses dans leur programme d’éducation professionnelle»: 3 avant l’activité vs 3 après l’activité (différence non significative p>0,05).

Ce que nous savions déjà

  • Le rôle et les retombées du pharmacien sont relativement bien documentés de manière générale.
  • Les professionnels de la santé sont de plus en plus appelés à travailler en collaboration afin de fournir des soins optimaux aux patients. Il est donc intéressant d’évaluer la perception des étudiants face au travail interdisciplinaire.

Ce qu’on se pose comme question

  • L’attitude déjà positive des étudiants en médecine à l’égard du travail interdisciplinaire a-t-elle limité la portée de l’amélioration des résultats avant versus après l’activité?
  • Le taux de participation générale au sondage n’était que de 65%. Les résultats auraient-ils été différents avec un meilleur taux de participation?
  • De telles activités peuvent-elles être menées conjointement avec des étudiants de toutes les professions de la santé?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Réfléchir à l’implantation d’activités interdisciplinaires dans le cursus académique des futurs professionnels de la santé afin de leur permettre d’identifier les rôles et la place de chacun des professionnels dans l’équipe de soins.

Auteur: Émilie Mégrourèche
Relecteurs: Mylène Breton
Création : 13 juillet 2015
Publication: 3 février 2016

Les pharmaciens faisant partis d’une équipe multidisciplinaire peuvent-ils favoriser l’observance chez les patients atteints d’hépatite C ?

Carrión JA, Gonzalez-Colominas E, García-Retortillo M, Cañete N, Cirera I, Coll S, Giménez MD, Márquez C, Martin-Escudero V, Castellví P, Navinés R, Castaño JR, Galeras JA, Salas E, Bory F, Martín-Santos R, Solà R. A multidisciplinary support programme increases the efficiency of pegylated interferon alfa-2a and ribavirin in hepatitis C. J Hepatol. 2013 Nov;59(5):926-33

Ce que cette étude nous apprend:

  • Étude de cohorte prospective ayant lieu dans le département de gastroentérologie de l’hôpital del Mar à Barcelone, Espagne.
  • 453 patients recevant un traitement d’antirétroviraux ont été repartis dans 3 groupes soit le groupe contrôle (2003-2004, n=147), le groupe faisant parti du programme multidisciplinaire de support (2005-2066,n=131), et le groupe faisant parti du programme multidisciplinaire de support après la validation (2007-2009,n=169).
  • L’étude a été effectuée sur 6 années. De 2003 à 2004, les patients atteints d’hépatite C étaient admis à l’hôpital et des traitements étaient  débutés. Deux hépatologues et une infirmière étaient présents 10 heures par semaine pour vérifier si le traitement fonctionnait bien et si des effets secondaires étaient apparus. De 2005 à 2006, les nouveaux patients atteints d’hépatite C admis à l’hôpital étaient cette fois-ci suivis par une équipe multidisciplinaire formée de deux hépatologues (40 h/semaine), de deux infirmières (40 h/semaine), d’un pharmacien (20 h/semaine), d’un psychologue (20 h/semaine), d’une assistante administrative (20 h/semaine) et d’un psychiatre si nécessaire. L’équipe suivait alors la progression de la maladie des patients et l’apparition d’effets secondaires. Le pharmacien devait fournir aux patients des explications sur les nouveaux traitements et vérifier son adhérence grâce à un questionnaire quotidien sur la prise de pilules pour la ribavirine et des injections pour le peg-INF. De 2007 à 2009, pour valider l’efficacité du programme, le même processus a été reconduit. Les suivis pour tous les groupes étaient effectués à la semaine 2, 4, 12, 24 et 48 durant le traitement et 24 semaines suivant la fin du traitement. Un patient était considéré comme étant non observant à son traitement lorsqu’il prenait moins de 80 % de la dose de chacun de leur médicament pendant moins de 80 % de la durée de son traitement.
  • La présence du pharmacien dans une équipe interdisciplinaire permet d’augmenter l’adhérence au traitement chez des patients atteints d’hépatite C. Le pourcentage de patients (tout génotype et tout traitement confondu) adhérents à leur traitement, et inclus dans le programme multidisciplinaire de support après validation (PMSV), est significativement plus grand que dans le groupe contrôle: 91.7% versus 78.95 (p=0.001).
  • Pour le génotype 1a/b, le groupe du PMSV était adhérent à 90.1 % versus 67.5 % pour le groupe contrôle (p=0.0005).
  • Pour le génotype 2/3, le groupe du PMSV était adhérent à 91.7 % versus 93.2 % pour le groupe contrôle (différence non significative).
  • Pour le génotype 4, le groupe du PMSV était adhérent à 100 % versus 81.8% pour le groupe contrôle (p=0.07).
  • Pour le Peg-interferon, le groupe du PMSV était non adhérent (<80% de la dose) à 8.2 % versus 17.7 % pour le groupe contrôle (p=0.0001).
  • Pour la ribavirine , le groupe du PMSV était non adhérent (<80%) à 7.1% versus 25% pour le groupe contrôle (p=0.007).

Ce que nous savions déjà

  • Le pharmacien permet d’augmenter l’adhérence au traitement chez des patients atteint d’hépatite C. Nous avons recensé une autre étude qui montrent les retombées positives de l’adhérence au traitement grâce aux pharmaciens soit LID165.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse « Gastro entérologie« 

Ce qu’on se pose comme question

  • Est-ce que les suivis effectués par les pharmaciens en communautaire sont aussi efficaces que les suivis effectués par les pharmaciens dans les hôpitaux ?
  • Le fait d’avoir une étude non randomisée sur plusieurs années peut-il influencer les résultats obtenus ?
  • Puisque l’étude a été effectuée sur plusieurs années, les nouvelles lignes directrices publiées sur l’hépatite C au fil du temps n’ont-elles pas permis d’obtenir une meilleure réponse virologique et moins d’effets secondaires favorisant ainsi l’adhérence au traitement?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Encourager le travail en équipe multidisciplinaire pour avoir un suivi optimal des patients atteints de maladies à haut risque
  • Mettre en place des stratégies d’éducation thérapeutique et de sensibilisation auprès des patients pour favoriser l’adhérence à leur traitement.
  • Utiliser des méthodes pour surveiller l’adhérence des patients comme des feuilles d’administration des médicaments, des appels téléphoniques ou des alarmes.

Auteur(s): Erlind Xhuti

Relecteur: Mylène Breton

Création: 2 octobre 2015

Publication:

Un suivi téléphonique après un congé d’hôpital peut-il réduire le taux de réadmission?

Anderson SL, Marrs JC, Vande Griend JP, Hanratty R. Implementation of a clinical pharmacy specialist-managed telephonic hospital discharge follow-up program in a patient-centered medical home. Popul Health Manag. 2013 Aug;16(4):235-41.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude de cohorte rétrospective dans une clinique externe de médecine interne de Denver, aux États-Unis.
  • Échantillon de 470 patients (207 patients rejoints et 263 patients non-rejoints) à la Denver Health Eastside Adult Internal Medicine Clinic, âgés entre 18 et 89 ans, ayant reçu leur congé de l’hôpital Denver Health Medical Center.
  • Un pharmacien clinicien spécialiste (ou un apprenti supervisé) travaillant à la clinique externe de médecine interne appelait les patients du groupe de 48h à 96h après leur congé de l’hôpital, pour s’assurer et confirmer que le patient avait reçu les bons médicaments au congé, discuter des nouveaux médicaments ou des nouvelles doses de médicaments, confirmer le rendez-vous de suivi, clarifier des questions du patient par rapport aux informations du congé. Si le patient ne répondait pas, soit un message était laissé à un membre de la famille ou sur le répondeur, sinon rien n’était fait.
  • Pour le taux de réadmission à 30 jours, il y avait une différence significative entre les patients contactés par le pharmacien et ceux qui n’avaient pas été rejoints : 10,6% vs 19,8%, p<0,01
  • Pour le taux d’assiduité aux rendez-vous de suivi prévus dans les 30 jours suivant le congé, il y avait une différence significative entre les patients contactés par le pharmacien et ceux qui n’avaient pas été rejoints : 66,2% vs 44,5%, p<0,01
  • Le coût de l’intervention a été estimé à 20 000 USD par année (pour 470 patients)

Ce que nous savions déjà

  • Le pharmacien réduit le risque de réadmission toute cause chez les patients à faible risque (mais non pour les autres catégories de risque) via la télépharmacie PMID24712335
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur la Télépharmacie

Ce qu’on se pose comme questions

  • L’absence de randomisation peut-elle avoir entrainé des biais ? Le groupe ayant été rejoint par le pharmacien était-il intrinsèquement plus en santé ou encore davantage porté à se prendre en main?
  • Le fait de mesurer les réadmissions dans un hôpital en particulier (alors que les patients étaient libres de se présenter à n’importe quel hôpital) peut-il mener à une sous-estimation du nombre de réadmissions?
  • L’effet sur les réadmissions et l’assiduité se maintiendra-t-il à long terme (par exemple, au courant de l’année suivant l’intervention)?
  • Les différences entre le groupe contacté et le groupe non-contacté (davantage de personnes jeunes, atteintes de MPOC et assurées avec l’assurance Medicaid plutôt que Medicare dans le groupe non-rejoint) peuvent-elles avoir eu un impact sur les réadmissions et la présence aux rendez-vous de suivi?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Mettre en place un processus pour que les patients suivis à une clinique externe reçoivent un appel d’un pharmacien dans les jours suivant leur congé de l’hôpital

Auteurs: Razvan Lucian Cazacu

Relecteurs: Mylène Breton

Création: 02 octobre 2015

Publication: 

Le pharmacien dans le contrôle de la pression artérielle des patients: un professionnel clé?

Margolis KL, Asche SE, Bergdall AR, Dehmer SP, Groen SE, Kadrmas HM, Kerby TJ, Klotzle KJ, Maciosek MV, Michels RD, O’Connor PJ, Pritchard RA, Sekenski JL, Sperl-Hillen JM, Trower NK. Effect of home blood pressure telemonitoring and pharmacist management on blood pressure control: a cluster randomized clinical trial. JAMA. 2013 Jul 3;310(1):46-56.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude randomisée contrôlée prospective, menée à travers 16 cliniques de soins primaires intégrées au système de santé de Minneapolis-St Paul au Minnesota, États-Unis.
  • Échantillon de 450 patients souffrant d’hypertension non contrôlée dont 228 dans le groupe intervention et 222 dans le groupe contrôle.
  • Les pharmaciens ont rencontré les patients du groupe intervention. Les antécédents médicaux du patient, les points essentiels à connaître sur l’hypertension artérielle, le fonctionnement du tensiomètre et les cibles visées ont été discutés durant un entretien d’une heure. Les patients ont reçu un moniteur de pression artérielle à domicile et ont été invités à transmettre au moins 6 mesures par semaine (3 mesures matinales et 3 mesures en soirée). Les pharmaciens ont ajusté la thérapie anti-hypertensive en conséquence selon des algorithmes de traitement. Pendant les 6 premiers mois de l’intervention, des suivis téléphoniques ont été réalisés toutes les deux semaines jusqu’à ce que la pression artérielle soit stable pendant 6 semaines. La fréquence des suivis a ensuite diminué aux mois. Pendant les mois d’intervention 7 à 12, les suivis téléphoniques étaient aux 2 mois. Après 12 mois, les patients n’ont plus reçu le soutien des pharmaciens et sont retournés sous les soins de leur médecin traitant. Ces patients ont été comparé à un groupe de patients contrôle ayant reçu des soins standards. Un suivi à 18 mois, soit 6 mois post intervention, a été effectué afin d’évaluer la persistance des répercussions mesurées à travers le temps.
  • Concernant le contrôle de la pression artérielle à 6 mois, la différence entre les groupes est significative (p<0,001), 148 patients (71,8%) avaient une pression artérielle contrôlée dans le groupe intervention versus 89 patients (45,2%) dans le groupe contrôle.
  • Concernant le contrôle de la pression artérielle à 12 mois, la différence entre les groupes est significative (p=0,005), 141 patients (71,2%) avaient une pression artérielle contrôlée dans le groupe intervention versus 102 patients (52,8%) dans le groupe contrôle.
  • Concernant le contrôle de la pression artérielle à 18 mois, la différence entre les groupes est significative (p=0,003), 135 patients (71,8%) avaient une pression artérielle contrôlée dans le groupe intervention versus 104 patients (57,1%) dans le groupe contrôle.
  • La réduction de la pression artérielle systolique à 6, 12 et 18 mois de suivi est significativement supérieure dans le groupe intervention (respectivement -21,5 mmHg, -22,5 mmHg et -21,3 mmHg)  versus le groupe contrôle (respectivement -10,8 mmHg, -12,9 mmHg,  -14,7 mmHg) (p<0,001, p<0,001, p=0.004)
  • La réduction de la pression artérielle diastolique à 6 et 12 mois  de suivi est significativement supérieure dans le groupe intervention (respectivement -9,4 mmHg, -9,3 mmHg)  versus le groupe contrôle (respectivement -3,4 mmHg, – 4,3mmHg) (p<0,001)
  • Il n’y a pas de différence significative entre les groupes en terme de réduction de la pression artérielle diastolique à 18 mois de suivi: –9,3 mmHg dans le groupe intervention versus -6,4 mmHg dans le groupe contrôle, p=0,07.
  • Il y a significativement plus d’anti-hypertenseurs prescrits dans le groupe intervention à 6 mois de suivi: 2,2 classes d’antihypertenseurs par patients en moyenne dans le groupe intervention et 1,6 classes d’antihypertenseurs par patients dans le groupe contrôle, p<0,001.
  • Il y a significativement plus d’observance aux anti-hypertenseurs à 6 mois dans le groupe intervention versus le groupe contrôle , p=0,04.
  • Il n’ y a pas de différence significative entre les groupes en ce qui concerne l’observance aux anti-hypertenseurs à 12 mois et 18 mois.
  • A 6 mois de suivi, les patients du groupe intervention était significativement plus satisfaits de la prise en charge médicale que ceux du groupe contrôle.
  • A 12 mois et 18 mois de suivi, il n’y a pas de différence significative entre les groupes en ce qui concerne la satisfaction de la prise en charge médicale.
  • L’implantation d’une telle intervention est estimée à 1350 $.

Ce que nous savions déjà

  • Le rôle et les retombées du pharmacien en hypertension artérielle sont relativement bien documentés. Des études recensent son implication aux niveaux des conseils individuels aux patients, de l’enseignement à l’extérieur du département de pharmacie, de l’évaluation de la pharmacothérapie, de la recherche évaluative, des réunions multidisciplinaires, de la surveillance de la pharmacothérapie, du suivi de conformité, du suivi d’effets indésirables, des tournées cliniques et des réponses aux questions.
  • Cinq études ont été recensées avec des indicateurs de résultats similaires concernant la proportion de patients ayant atteints les cibles de tension artérielle à 6, 12 et/ou 18 mois soient PMID19029501 PMID18847122 PMID18815843 PMID23463811 PMID16945057.
  • De plus, trois articles ont été recensés concernant les retombées du pharmacien dans la réduction de la pression artérielle systolique et/diastolique PMID20040704 PMID19029501 PMID16647628.
  • Deux articles répertorient également des résultats concernant l’observance des patients soient PMID20040704 PMID23463811.
  • Finalement, deux articles font état des résultats concernant la satisfaction des patients soient PMID23463811 PMID18815843.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et les fiches synthèses «Hypertension artérielle».

Ce qu’on se pose comme question

  • Les résultats obtenues sont-ils attribuables aux interventions du pharmacien elles-mêmes ou à la télésurveillance effectuée/autosurveillance?
  • Le fait que l’étude ait été réalisée sans aveugle peut-il avoir influencé les résultats?
  • Dans le processus de recrutement, beaucoup d’individus invités à participer à l’étude n’ont pas répondu. Est-il possible que le faible taux de réponse ait permis de ne garder que des participants plus concernés par l’hypertension ou tenant plus à cœur leur santé et constituant ainsi un biais?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Réfléchir à la possibilité d’implanter de tels services de soins pour les patients hypertendus en ambulatoire.
  • Évaluer la pertinence d’une telle pratique sous l’angle du rapport coût/efficacité.
  • Élaborer des stratégies de prise en charge de patients hypertendus non contrôlés.

Auteur: Émilie Mégrourèche
Relecteurs: Mylène Breton
Création : 29 mai 2015
Publication: 6 janvier 2016

Quelles sont les retombées des conseils du pharmacien au congé chez les patients diabétiques?

Shah M, Norwood CA, Farias S, Ibrahim S, Chong PH, Fogelfeld L. Diabetes transitional care from inpatient to outpatient setting: pharmacist discharge counseling. J Pharm Pract. 2013 Apr;26(2):120-4. 

Ce que cette étude nous apprend

  • Essai randomisé contrôlé mené à l’hôpital John H. Stroger Jr. du comté de Cook, à Chicago dans l’état de l’Illinois (États-Unis).
  • Échantillon de 130 patients, hospitalisés avec un diagnostic de diabète de type 2 depuis au moins 1 an et avec une hémoglobine glyquée (HbA1c) d’au moins 8.0% à l’admission.
  • Les participants du groupe contrôle recevaient les soins usuels au congé, c’est-à-dire du matériel éducatif imprimé portant sur le diabète ainsi qu’une séance d’éducation thérapeutique menée par une infirmière. Cette séance durait de 5 à 30 minutes et portait sur la gestion des hypoglycémies, des jours de maladies, de l’observance et de l’utilisation du glucomètre. Les participants du groupe intervention étaient reçus en entrevue individuelle avec le pharmacien d’hôpital pour une séance d’éducation thérapeutique. Cette séance durait de 30 à 45 minutes et portait sur les doses et l’efficacité des médicaments ainsi que sur les hypoglycémies, les saines habitudes de vie, la réduction des risques de complications et le renforcement de l’observance. Les patients du groupe intervention recevaient eux aussi les soins usuels au congé. Le niveau d’observance selon les jours de traitement servis a été mesuré à 30, 60, 90 et 120 jours après le congé. Les valeurs de HbA1c, de cholestérol à lipoprotéines de basse densité (LDL-C) et de tension artérielle ont été mesurées à la base et à 90 jours.
  • L’observance, mesurée selon le nombre de jours de traitement servis à la pharmacie communautaire, était significativement plus élevée dans le groupe intervention que dans le groupe contrôle à 60 jours (p=0,016), à 90 jours (p=0,001) et à 120 jours (p=0,006) post-congé. La différence n’était pas significative à 30 jours (p=0,12) post-congé.
  • La diminution moyenne du taux de HbA1c à 90 jours post-congé était significativement plus forte dans le groupe intervention que dans le groupe contrôle (p=0.002).
  • La diminution moyenne du taux de LDL-C à 90 jours post-congé était significativement plus forte dans le groupe intervention que dans le groupe contrôle (p=0,001).
  • La diminution moyenne du taux de cholestérol total à 90 jours post-congé était significativement plus forte dans le groupe intervention que dans le groupe contrôle (p=0,001).
  • Il n’y avait pas de différences significatives entre les deux groupes au niveau du nombre de patients ayant atteint leurs cibles de HbA1c à 90 jours post-congé (p=0,512), ni au niveau de la diminution moyenne de tension artérielle systolique (p=0,136), de tension artérielle diastolique (p=0,749) et de triglycérides (p=0,98) à 90 jours post-congé.
  • Le taux de présence aux rendez-vous de suivi prévus avec le médecin à 90 jours post-congé était significativement plus élevé dans le groupe intervention que dans le groupe contrôle (p=0,01).

Ce que nous savions déjà

Ce qu’on se pose comme question

  • Un suivi au-delà de 120 jours post-congé aurait-il permis d’observer des retombées positives durables à long terme?
  • Les valeurs d’HbA1c à la base plus élevées dans le groupe intervention que dans le groupe contrôle (p=0,04) auraient-elles contribué à l’obtention de résultats positifs au niveau des diminutions d’HbA1c?
  • Les résultats positifs au niveau de l’observance auraient-ils été influencés par l’inclusion des patients pris en charge uniquement par le système de santé public, patients pour qui les médicaments sont moins coûteux?
  • La validité externe des résultats obtenus est-elle diminuée au vu de l’implication d’un seul pharmacien clinique dans l’intervention?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • En milieu hospitalier, assurer la complémentarité des conseils au congé de l’infirmière et du pharmacien afin d’éviter les répétitions et de couvrir l’ensemble des conseils importants.
  • En milieu communautaire, vérifier auprès des patients les éléments de conseils au congé à compléter et renforcer systématiquement l’observance dès le premier service.
  • Insister sur la prise de valeurs de laboratoire des patients diabétiques à 90 jours post-congé.

Auteur : Émile Demers

Relecteur: Mylène Breton

Création : 19 juin 2015

Publication: 20 décembre 2016