Quel est l’impact de la contribution du pharmacien chez les enfants atteints de bêta-thalassémie majeure ?

20170803 Résumé visuel - beta-thalassemie - Perrine

Bahnasawy SM, El Wakeel LM, Beblawy NE, El-Hamamsy M. Clinical Pharmacist-Provided Services In Iron-Overloaded Beta-Thalassaemia Major Children: A New Insight Into Patient Care. Basic Clin Pharmacol Toxicol. 2017 Apr;120(4):354-359.

Ce que cette étude nous apprend :

  • Étude randomisée contrôlée prospective dans une clinique d’hématologie pédiatrique, Hôpital pour enfants, Université Ain Shams, Caire, Égypte.
  • Échantillon de 48 patients âgés de 8 à 18 ans, atteints de BTM, présentant une surchage ferrique supérieur à 1000 µg/l et nécessitant des séances de transfusion. Les patients sont répartis équitablement et aléatoirement en deux groupes (groupe contrôle et groupe intervention) inclus pendant une période de 8 mois en 2015.
  • Les patients et leur famille ont bénéficié d’entretiens personnalisés après chaque visite médicale, toutes les 2 à 4 semaines.  Durant la période de l’étude, le nombre de problèmes liés à la thérapie (p.ex. adhérence au traitement, effets indésirables, erreur de dosage) et les niveaux de ferritine sérique ont été collecté tous les 3 mois . Les patients ont complété des questionnaires adaptés à la population pediatrique concernant leur ressenti sur la qualité de vie et mesurer la satisfaction des parents 6 mois après l’étude (PedsQLT HRQoL et HRQoL Healthcare Satisfaction Hematology/Oncology)
  • L’intervention pharmaceutique est associée à une diminution des problèmes liés aux médicaments dans le groupe intervention : 64 problèmes à T0 contre 4 après 6 mois . Le problème le plus fréquemment rencontré était associé à l’adhérence (24 à T0 puis 3 à 6mois) suivi des effets indésirables (14 à T0 puis 0 à 6mois) et des doses de chélateurs infra-thérapeutiques (14 à T0 puis 0 à 6mois). 
  • Les patients du groupe intervention présentent des taux de ferritine sérique moyen significativement plus bas au bout de 6 mois: en moyenne 3713μg/L dans le groupe contrôle contre 2362μg/L (p<0,0042).
  • Les scores relatifs à la qualité de vie et la satisfaction des parents des patients du groupe intervention sont significativement plus haut à 6 mois (p = 0.0049, p > 0.0001, respectivement).

Ce que nous savions déjà :

  • Les rôles et retombées du pharmacien sur la prise en charge des enfants atteints de pathologies hématologiques sont peu documentés. Nous avons recensé quelques études indexées explorant l’impact du pharmacien en hémato-oncologie pédiatrique dont PMID23534806 et PMID22207272.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur le cancer et l’hémato-oncologie.

Ce qu’on se pose comme question :

  • Est-ce que les résultats observés sont maintenus ou même améliorés à long terme?
  • Quelle était l’évolution des problèmes  liés aux médicaments notamment l’adhérence et les effets indésirables dans le groupe contrôle ?
  • Quelles sont les raisons de la présence de doses infra-thérapeutiques ? Y-a-t’il eu un défaut de monitoring ?

Ce que vous pouvez notamment faire :

  • Compte tenu des nombreux effets indésirables associés aux chélateurs de fer,cibler lors de l’entretien pharmaceutique, les questions relatives aux effets indésirables et  leurs répercussions sur le quotidien des enfants. 
  • Repérer les défauts d’adhérence et anticiper les interventions.
  • Rappeler l’importance du monitoring des dosages ferriques pour éviter des posologies infra/supra thérapeutiques
  • Suggérer un changement de la formulation thérapeutique des chélateurs de fer en cas de non adhérence.
  • Promouvoir les avantages des interventions pharmaceutiques auprès des enfants atteints de bêta-thalassémie majeure et l’extrapoler aux patients jeunes adultes. 
  • Impliquer les parents dans l’éducation thérapeutique des enfants.

Auteur : Perrine Scherrer, Éléonore Ferrand

Création : 11 juillet 2017

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La conciliation médicamenteuse aux urgences a t’elle un impact sur la morbidité des patients?

20170807 visual abstract - autre Hohl

Hohl CM, Partovi N, Ghement I, Wickham ME, McGrail K, Reddekopp LN, Sobolev B. Impact of early in-hospital medication review by clinical pharmacists on health services utilization. PLoS One. 2017 Feb 13;12(2):e0170495.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude quasi-randomisée contrôlée, prospective réalisée dans un centre de soins tertiaires et deux hôpitaux urbains aux urgences à Vancouver, Canada.
  • L’étude inclut 10 807 patients âgés de 19 ans et plus considérés comme étant à haut risque d’événements indésirables (âge, comorbidités, introduction récente d’antibiothérapie ou changement de traitement récent) repartis dans un groupe contrôle et un groupe intervention entre septembre 2011 et février 2012.
  • Les infirmières des urgences identifient les patients à haut risque à partir des critères retenus.
  • Les patients inclus bénéficiaient d’une conciliation médicamenteuse à partir notamment du recueil de l’historique médicamenteux le plus complet possible (contact de la famille du patient, du médecin traitant et de la pharmacie communautaire par téléphone). Les objectifs thérapeutiques étaient dicutés avec le patient ou le prescripteur, les problèmes liés aux médicaments résoluent et les éventuels effets indésirables accidentels ou nocifs évalués. Les patients du groupe contrôle bénéficient des soins usuels  (pharmacien sollicité par le médecin au besoin).
  • 2284 évenements indésirables potentiels à haut risque ont été identifiés dans le groupe intervention classés comme réactions indésirables chez 630 patients (27,6%), indications non traitées chez 546 (23,9%), non-observance chez 423 (18,5%), médicament inefficace ou erroné chez 284 (12,4%), dose sous-thérapeutique chez 201 patients (8,8%), dose suprathérapeutique chez 124 (5,4%) et médicament non nécessaire chez 76 (3,3%).
  • L’intervention du pharmacien est associée à une réduction de 8% du nombre de jours passés à l’hôpital (5,67 jours vs 5,79 jours, -0,48 jours,  p=0,058). La différence est significative chez les patients de moins de 80 ans (réduction de 0,6 jours soit 11%, p=0,03) alors que chez les plus de 80 ans, on ne distingue aucun impact. On observe une réduction de la durée d’hospitalisation par rapport à celle qui était initialement prévue chez les patients âgés entre 60 et 79 ans dans le groupe intervention (n=310/777, 39,9%) par rapport au groupe contrôle (n=221/508, 43,5%) (p=0,01).
  • L’intervention ne montre pas de différence significative entre les deux groupes après ajustement des caractéristiques sur le nombre de visite à l’urgence dans les 7 jours (odds ratio [OR] = 1.01, 95% CI = 0.84 to 1.22; p = 0.88) , les réadmissions (OR = 0.87; 95% CI = 0.69 to 1.10; p = 0.25) et la mortalité (OR = 1.11; 95% CI = 0.96 to 1.30; p = 0.16).

Ce que nous savions déjà

Ce qu’on se pose comme questions

  • Une évaluation sur une plus longue durée permettrait-elle de démontrer un impact sur le nombre de visite à l’urgence dans les 30 jours, les réadmissions et la mortalité ?
  • Les résultats obtenus dans le service des urgences sont-ils transposables aux autres services ?
  • Compte tenu de l’échantillon de patients provenant de deux centres hospitaliers et un seul centre de soins tertiaires, les résultats de la population plus âgée n’ont t’ils pas été dilué dans l’étude ?
  • Une étude randomisée contrôlée apporterait elle les mêmes résultats ?
  • Le nombre de médicament ne devrait il pas être considéré comme un critère  d’inclusion potentiel ?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Évaluer l’impact de la conciliation médicamenteuse auprès de vos patients.
  • Privilégier les patients à risques aux urgences pour la mise en place de la conciliation médicamenteuse.
  • Partager davantage votre rôle et vos retombées sur la prise en charge des patients à l’hôpital.

Auteurs : Mathilde Artus, Éléonore Ferrand

Création : 31/07/2017

 

L’usage de la télépharmacie en hypertension artérielle

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Scala D, Menditto E, Caruso G, Monetti VM, Orlando V, Guerriero F, Buonomo G,
Caruso D, D’Avino M. Are you more concerned about or relieved by medicines? An
explorative randomized study of the impact of telephone counseling by pharmacists
on patients’ beliefs regarding medicines and blood pressure control. Patient Educ
Couns. 2017 Dec 9. pii: S0738-3991(17)30652-3. 

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude randomisée contrôlée dans le Centre for the Diagnosis and theory of Arterial Hypertension dans l’hôpital de Cardarelli, Italie.
  • Échantillon de 164 adultes avec hypertension non contrôlée ((TAS>140 mmHg; TAD > 90 mmHg) ou (TAS>130 mmHg; TAD > 80 mmHg si diabétiques ou en IRC)) sous traitement antihypertenseurs depuis au moins 6 mois, excluant les femmes enceintes, allaitantes et les patients atteints de démence.
  • Les patients du groupe contrôle (n=80) ont reçu des soins usuels: prise en charge interdisciplinaire incluant le pharmacien qui a expliqué les traitements prescrits ainsi que les mesures non pharmacologiques.
  • Les patients du groupe d’intervention (n=84) ont reçu, en plus de ces services, des consultations téléphoniques aux deux semaines pendant 12 mois.
    Lors du recrutement des patients, le pharmacien voyait le patient en personne. Pendant cette consultation, le pharmacien expliquait les risques sur la santé de l’hypertension artérielle et établissait un plan de suivi téléphonique personnalisé.  Étaient abordés: les habitudes de vie des patients, les connaissances de la pathologie et des traitements, les méthodes à mettre en place pour améliorer l’observance,  le tabagisme, la perte de poids, l’alimentation, la consommation d’alcool et le stress. Lors des appels, l’évolution des pressions artérielles, les changements potentiels, les difficultés rencontrées, la présence d’effets secondaires,les oublis de doses ou les habitudes de vie étaient discutés.  À la fin de chaque appel, une restitution des connaissances était demandée.
  • L’impact de l’intervention était évaluée sur les données de pression artérielle rapportées par le patient et le questionnaire Belief on Medicine Questionnaire (BMQ) qui explore les croyances des patients liées aux médicaments. Le BMQ évalue en premier lieu le score «Necessity» c’est à dire le niveau d’importance qu’accorde le patient aux antihypertenseurs et le score «Concerns» qui explore les préoccupations du patient en rapport avec les antihypertenseurs.
  • Les patients des deux groupes ne présentaient pas de différence significative à t0 sur les issues mesurées.
  • Plusieurs résultats à retombées positives sont présentés dans l’étude après 12 mois :
    • TAS
      135,5±12,3 mm Hg pour le groupe d’intervention vs. 147,9±17,5 mm Hg pour le groupe contrôle p<0,001,
    • TAD
      86,0±7,3 mm Hg pour le groupe d’intervention vs. 90,6±5,4 pour le groupe contrôle , p<0,001,
    • Score Necessity (BMQ) (score allant de 5 à 25):
      21,07±3,08 points dans le groupe d’intervention vs. 18,11±3,51 points ,p<0,001,
    • Score Concerns (BMQ)  (score allant de 5 à 25):
      13,55±4,15 point pour le groupe d’intervention vs. 18,39±3,71 pour le groupe contrôle, p<0,001.

Ce que nous savions déjà

  • Une revue de la littérature évalue l’impact de la télépharmacie sur les soins des patients, dont plusieurs études incluant l’hypertension artérielle comme affection: PMID29100941
  • Le rôle et les retombées du pharmacien dans la prise en charge de l’hypertension sont relativement bien documentés. Plusieurs études décrivant les interventions des pharmaciens par télépharmacie en hypertension artérielles peuvent être consultées : PMID24004706 PMID25952471 et deux articles pivots PMID23821088  PMID18577730

Ce qu’on se pose comme question

  • Les résultats auraient-ils été statistiquement significatifs si les données de pression artérielle n’étaient pas rapportées par les patients ?
  • Quelle était la durée moyenne des interventions téléphoniques ?
  • Quels ont été les coûts supplémentaires associés aux suivis fait par le pharmacien dans le groupe d’intervention ?
  • Des suivis moins serrés (par exemple aux 4 semaines) pourraient-ils avoir un impact similaire sur la diminution de la pression artérielle ?
  • Les effets bénéfiques des interventions ont-t-ils préservés une fois l’étude terminée ?
  • Comment était documenté l’intervention au dossier ?
  • Quel est la part attribuable aux autres professionnels de santé sur les résultats de l’intervention ?
  • Quel est l’impact de l’intervention sur les habitudes de vie des patients (tabac, alimentation, activité physique) ?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Utiliser le BMQ lors de l’initiation des traitements pour prédire l’observance des patients aux traitements et proposer un suivi en conséquence.
  • Pour optimiser les suivis, demander au patient quels moments de la journée et de la semaine il préfère être rejoins et à quel numéro (résidentiel, cellulaire, au travail).
  • Noter au dossier du patient les objectifs ciblés avec le patient de la méthode «SMART» et faire un suivi de la progression au moins à mi-chemin du délai

Auteur : Nesrine Nimer, Éléonore Ferrand
Création : 31 janvier 2018

Quel est l’impact du suivi pharmaceutique auprès des patients atteints d’un cancer pulmonaire ?

20170803 Résumé visuel - lung cancer - Perrine

 

Walter C, Mellor JD, Rice C, Kirsa S, Ball D, Duffy M, Herschtal A, Mileshkin L. Impact of a specialist clinical cancer pharmacist at a multidisciplinary lung cancer clinic. Asia Pac J Clin Oncol. 2016 Sep;12(3):e367-74

Ce que cette étude nous apprend :

  • Étude prospective dans le service d’oncologie au Peter MacCallum Cancer Centre, Melbourne, Australie.
  • Échantillon de 48 patients atteints d’un cancer pulmonaire ayant bénéficié d’un suivi personnalisé par le pharmacien en 2011.
  • A l’inclusion, le pharmacien fournissait aux patients : des informations thérapeutiques, expliquait le plan de traitement, effectuait une revue complète de la médication et communiquait ses interventions auprès des professionnels de santé concernés. Le plan de traitement personnalisé était également transmis au médecin généraliste et au pharmacien communautaire.
  • Chaque patient a été contacté par téléphone 7 jours après le congé et également revu lors des consultations médicales (à 30 jours) afin d’optimiser et évaluer leur adhérence au traitement et recueillir leur satisfaction. Toutes les interventions pharmaceutiques ont été listées et catégorisées en fonction du niveau de risque de survenue d’effets indésirables pour le patient.
  • L’intervention pharmaceutique est associée à une augmentation significative de l’adhérence au traitement (p=0,0001) ainsi qu’une augmentation de la satisfaction des patients (p<0,001) entre la première et la seconde évaluation à 30 jours.
  • Les 154 interventions du pharmaciens ont été estimées comme évitant la survenue de 7 évènements considérés comme à risque extrême et 67 à haut risque.
  • L’intervention pharmaceutique est associée à une diminution du nombre moyen de consultations par patient ainsi que du nombre de réadmissions imprévues en regard des données récoltées à partir de l’année précédente ; 2.98 consultations/patient pendant la durée de l’étude contre 3.32 en 2010 (p = 0.004) et 117 réadmissions pendant l’étude contre 134 en 2010 (p = 0.265).
  • 74% (23/31) des généralistes sondés décrivent l’intervention du pharmacien comme étant utile.

Ce que nous savions déjà :

  • Les rôles et retombées du pharmacien en oncologie sont bien documentés. Toutefois, l’analyse de l’adhérence et la satisfaction des patients dans une unité d’oncologie sont moins documentés. Nous avons recensé quelques études indexées dont PMID28506976 et PMID24726204.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur le cancer.

Ce qu’on se pose comme question :

  • Aurions-nous eu des résultats différents s’il y avait eu une comparaison avec un groupe contrôle, un plus grand échantillon, une localisation cancereuse impliquant d’autres traitements ?20170803 Résumé visuel – lung cancer – Perrine
  • Quels étaient les traitements des patients ?
  • Quels étaient les motifs de visites ou de réadmissions en 2010 et pendant l’étude ?
  • Quelles sont les retombées économiques de l’intervention ?
  • Quelles sont les retombées cliniques de l’intervention ?

Ce que vous pouvez notamment faire :

  • Instaurer un suivi personnalisé au congé auprès de tous les patients atteints d’un cancer.
  • Diffuser les informations et collaborer avec les autres professionnels de santé.

Auteur : Perrine Scherrer

Création : 16 juin 2017

Le pharmacien a-t-il un impact sur la gestion de la douleur?

20180130 visual abstract - gestion de la douleur - Mathew

Mathew S, Chamberlain C, Alvarez KS, Alvarez CA, Shah M. Impact of a
Pharmacy-Led Pain Management Team on Adults in an Academic Medical Center. Hosp
Pharm. 2016 Sep;51(8):639-645.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude observationnelle rétrospective réalisée dans un établissement de santé universitaire à Dallas, Texas, États-Unis.
  • Échantillon de 100 patients adultes (âge moyen:43 ans) admis entre le 1er novembre 2009 et le 1er novembre 2011 et atteints de douleur aiguë et/ou chronique.
  • 43% des patients avaient des antécédents de toxicomanie et 22% des patients avaient des antécédents psychiatriques. La majorité des patients ont rapporté une douleur aiguë, soit seule ou secondaire à une douleur chronique, et les sites douloureux les plus fréquents concernaient le dos et l’abdomen. 88% des patients prenaient des opioïdes avant leur admission.
  • L’intervention consistait en la mise en place d’un service de consultation pour la gestion de la douleur par un pharmacien spécialiste.  Ce service implique une évaluation de la douleur, de la pharmacothérapie, des effets indésirables, du statut fonctionnel des patients et tout autre facteur pouvant influencer la gestion de la douleur. La douleur des patients a été évaluée par un score de douleur, allant de 0 à 10, calculé à partir de la documentation des infirmières 24H avant et 24H après la visite du pharmacien et renouvelé 24H avant le congé du patient.
  • 585 des 821 interventions faites par le pharmacien concernaient la douleur, dont 24,3% suggéraient l’ajout d’opioïdes, 14,9% l’ajout d’un autre agent antalgique et  18.5% l’augmentation des doses. Les autres interventions non relatives à la douleur (236) concernaient la prise en charge des effets indésirables comme la constipation (33%) et les nausées/vomissements (19.5%).
  • Les scores moyens de douleurs ont été améliorés suite à la consultation avec le pharmacien. En effet, le score pré-consultation était de 6,15. 24H après la consultation, le score était de 3,25 (p < 0,001) et 24H avant le congé, le score moyen était de 2,6 (p < 0,001).
  • Parmi les 100 patients à l’étude, 86,6% des 82 patients ayant plus de 2 notes de consultation au dossier ont présenté une amélioration de leurs fonctions telles que le sommeil, la mobilité et l’appétit.
  • Huit patients ont été réadmis en raison de leur douleur après 14 jours et 14 patients après 30 jours.

Ce que nous savions déjà

  • Le rôle et les retombées du pharmacien dans la prise en charge de la douleur sont relativement bien documentés. Des études décrivant une réduction la douleur grâce aux interventions du pharmacien ont déjà été publiés, dont une méta-analyse PMID24480911
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur la douleur.

Ce qu’on se pose comme question

  • L’intervention a-t-elle conduit à un meilleur usage des opioïdes ?
  • Quels auraient été les résultats si cette intervention avait été comparé à un groupe contrôle ?
  • Les résultats auraient-ils été les mêmes avec un plus grand échantillon ou dans une autre catégorie d’âge?
  • Quelle était l’observance des patients qui ont été réadmis à 14 jours et 30 jours?
  • Compte tenu des antécédents de toxicomanie qui concernent 43% des patients, quelle est la persistance de l’intervention dans le temps ?
  • Les infirmières ont-elles bien documenté la douleur des patients ?
  • Quel est le coût par rapport aux bénéfices de ces interventions ?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Profiter du suivi rendu possible grâce à l’hospitalisation des patients pour mesurer l’efficacité des interventions.
  • Conseiller les patients sur la gestion de leurs douleurs.
  • Faire le suivi de l’efficacité du traitement et des effets indésirables.
  • Épargner les prescriptions d’opioïdes lorsque non nécessaires.
  • Relayer l’information au pharmacien de ville.

Auteur : Sarah Pelletier, Éléonore Ferrand

Création : 7 août 2017

Comment le pharmacien optimise-t-il la prise en charge du diabète gestationnel ?

20180112 visual abstract - Obs-gyn BattaBatta RA, Kasabri V, Akour A, Hyassat D, Albsoul-Younes A. Impact of clinical
pharmacists intervention on management of hyperglycemia in pregnancy in Jordan.
Int J Clin Pharm. 2017 Nov 14. doi: 10.1007/s11096-017-0550-3. [Epub ahead of
print] PubMed PMID: 29134488.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude randomisée contrôlée prospective à Amman, Jordanie au National center for Diabetes, Endocrinology and Genetics.
  • L’intervention a été réalisée entre avril 2016 et janvier 2017.
  • 87 patientes ont été incluses, dont 34 dans le groupe contrôle et 51 dans le groupe d’intervention. Critère d’inclusion : femme enceinte de 20-28 semaines de grossesse, avec hyperglycémie. Les femmes enceintes ayant un diabète déjà connu ont été exclues.
  • Le pharmacien réalise cinq consultations par patiente dans le groupe d’intervention entre le 5e-7e mois de grossesse et  6 semaines post-partum.
    Lors de la consultation, il distribue une brochure informative, éduque la patiente sur sa maladie et sa gestion, les complications associées, les cibles thérapeutiques ainsi que les traitements prescrits. Il s’occupe également de faire le suivi des plusieurs paramètres évalués par des questionnaires.
  • Les outils utilisés pour mesurer l’impact du pharmacien chez ces patientes sont: un questionnaire de connaissance suite à l’éducation thérapeutique, le questionnaire SF-36 pour mesurer la qualité de vie, ainsi que l’HbA1c et glycémie à jeun pour suivre l’évolution du diabète.
  • Le pharmacien a apporté un impact positif significatif sur:
    • L’amélioration de l’HbA1c;
      • -0,08% +/- 0,43 (groupe contrôle)   v.s.  -0,54% +/- 1,47 (groupe d’intervention) (p=0.04).
    • Le pourcentage de patientes contrôlées selon la glycémie à jeun ;
      • Dès le 2e suivi :
        • 64,7% des femmes dans le groupe contrôle v.s. 94,1% des femmes dans le groupe d’intervention (p=0.001);
      • Puis persistant au 3e suivi :
        • 61,8% des femmes dans le groupe contrôle v.s. 90,2% des femmes dans le groupe d’intervention (p=0.003).
    • Le pourcentage de femmes ayant des épisodes d’hypoglycémies sévères :
      • 8.8% des femmes dans le groupe contrôle v.s. 0% des femmes dans le groupe d’intervention (p=0.049);
    • Le pourcentage d’accouchements nécessitant une césarienne;
      • 58,8% des femmes du groupe contrôle v.s. 35,3 % des femmes du groupe d’intervention (p=0.04).
    • Les connaissances sur la maladie (questionnaire élaboré par le pharmacien validé à l’interne; résultat sur 10);
      • 7,32 +/- 1.95 pour le groupe contrôle v.s. 9,22 +/- 2,42 pour le groupe d’intervention (p=0.001).
    • Le bien-être émotionnel (test SF-36);
      • – 13,54 +/- 9,92 pour le groupe contrôle v.s. – 2,08 +/- 5,25 pour le groupe d’intervention (p<0.001).
    • La fonction sociale (test SF-36);
      • -23,53 +/- 17,34 pour le groupe contrôle v.s. -13,97 +/- 17,43 pour le groupe d’intervention (p<0.001).

Ce que nous savions déjà

  • Il existe peu de données dans la littérature explorant le rôle et les impacts du pharmacien auprès des femmes enceintes diabétiques. On recense toutefois un article présentant l’impact du pharmacien dans le champ de la dépression et du diabète en grossesse. PMID10199962 
  • On peut toutefois consulter le site Impact Pharmacie et les fiches synthèses sur le thème du diabète et en obstétrique/gynécologie.

Ce qu’on se pose comme question

  • Une étude faites ailleurs qu’en Jordanie aurait-elle présenté des résultats similaires ?
  • Quelle était la durée consacrée à chaque consultation par le pharmacien ? Serait-il possible de répliquer l’intervention du pharmacien avec des restrictions temporelles ?
  • Le suivi des patientes était individualisé, quel serait l’impact d’un suivi en groupe ?
  • Les différences seraient-elles encore plus significatives si les consultations pharmaceutiques avaient débutées plus tôt dans la grossesse ?
  • Deux patientes du groupe contrôle et une femme du groupe intervention ont par la suite développé un diabète détecté 6 semaines après l’accouchement. Un suivi sur un plus long terme aurait-il permis de détecter d’autres cas ?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Compte tenu des risques plus élevés de développer un diabète post-partum, il est important de sensibiliser les patientes à faire un dépistage entre 6 semaines et 6 mois après l’accouchement.
  • En pratique communautaire :
    • instaurer des méthodes pédagogiques variées pour éduquer les femmes enceintes sur leur diabète en grossesse (dépliants, vidéos, consultation en groupe, apprendre à naviguer sur Diabète Québec).
    • Évaluer les connaissances des patientes pré-consultation et aux suivis avec un questionnaire standardisé ou validé par des pairs.
  • Dans les établissements de santé :
    • Offrir au moins une consultation avec un pharmacien clinicien à chaque femme enceinte en hyperglycémie.

 

Auteurs : Nesrine Nimer, Éléonore Ferrand

Création : 21 janvier 2018

Rôles et retombées du pharmacien en Afrique ?

20171127 Résumé visuel - IMPACTPHARMACIE 27

Annales de l’URPP rôles et retombées du pharmacien en Afrique

Impact Pharmacie propose au travers d’une démarche structurée de revue et d’analyse documentaire les preuves disponibles sur les rôles et retombées des pharmaciens.

Suite à l’emergence constatée d’articles provenant des pays africains, nous nous sommes interessé à explorer la littérature indexée décrivant les rôles et retombées du pharmacien en Afrique.

Résultats de la recherche : 

  • Au 11 novembre 2016, 21 articles ont été inclus dans notre revue de littérature,
  • La recherche de littérature a permis d’isoler 17 revues à l’origine des 21 articles sélectionnés parmi lesquels figure une revue non indexée (Pharmactuel),
  • 11 pays sont représentés,
  • Cinq articles ont été rédigés dans le cadre de mission humanitaire,

Profil décrit dans les études :

  • Pratique en milieu hospitalier (n=12),
  • Pratique en milieu communautaire (n=6)
  • Pratique en centre de santé ambulatoire (n=3).
  • Les principales pathologies et système ciblées étaient l’infectiologie (n= 12) et pour sujet principal le VIH (n=9), la cardiologie/dyslipidémie (n=1), et l’asthme (n=1).

Interventions des pharmaciens (en excluant les articles provenant des missions humanitaires) :

  • Conseils aux patients (n=9),
  • Évaluation de la pharmacothérapie et des mesures non pharmacologiques (n=8),
  • Évaluation de l’utilisation des médicaments (n=6),
  • Transfert de connaissance vers le patient et les autres intervenants (n=4),
  • Suivi du patient (n=4),
  • Vigilance et les effets indésirables (n=4),
  • Travail en multidisciplinarité (n=3),
  • Suivi de la pharmacothérapie (n=3),
  • Évaluation des besoins des patients et de l’équipe soignante (n=2),
  • Élaboration d’outils (n=2),
  • Prescription (n=1),
  • Économie de la santé (n=1).

Retombées des pharmaciens :

Nous avons recensé 131 indicateurs descriptifs et 39 indicateurs de retombées. Parmi, les indicateurs de retombées, 21 (54%) étaient positifs, 17 (44%) neutres et 1 (2%) négatif.

Le pharmacien africain permet notamment d’améliorer l’adhérence aux traitements (VIH,  pathologies cardio vasculaires), d’augmenter la détection d’erreurs médicamenteuses, de participer au dépistage des cas de tuberculose par le biais d’outil diagnostic, d’augmenter le suivi des recommandations aux traitements, réaliser les switch IV/per os.

Discussion et limites :

Le profil de retombées des pharmaciens africains est fidèle à celui de l’ensemble des articles disponibles sur les rôles et retombées du pharmacien du monde. En effet, en septembre 2017, la plateforme recensait 60 % d’indicateurs positifs, 39% neutres et 1% négatif.

Toutefois, il est raisonnable d’affirmer qu’il existe de grands écarts de financement, de moyens et de pratiques professionnelles entre les pays d’Afrique et au sein même de chaque pays, si l’on considère l’exercice professionnel en milieu rural versus l’exercice en milieu hospitalier universitaire au sein de grandes villes. En effet, la revue de littérature a permi d’identifier sept articles en provenance du Nigeria et trois articles en provenance de l’Afrique du Sud représentant à eux deux 47 % des articles retenus.

Ainsi, il est difficile d’établir un profil général de la pratique pharmaceutique à partir de seulement 21 articles identifiés. L’accès et l’utilisation par les pharmaciens africains aux bases de données indexées est rare et leurs travaux sont peu visibles en leur sein. Le continent promovoit toutefois la diffusion des travaux nationaux ou régionaux grâce à deux bases de données comme l’African Index Medicus ou l’African Journals online. Ces bases de données recoivent le soutien de l’Organisation Mondiale de la Santé et proposent respectivement 150 et 500 revues. C’est une opportunité pour les chercheurs de diffuser et utiliser les travaux qui répondent aux problématiques locales.  Une revue de littérature partir de ces deux bases de données permettrait sans doute de dresser un portrait plus fidèle des rôles et retombées du pharmacien en Afrique. D’autant plus que, selon l’OMS le ratio de pharmacien par 10.000 habitants a progressé de 14.8 % entre 2006 et 2012 ( Europe +24.2%, Pan Amérique + 14.3%). Cette croissance pourrait s’accompagner d’une présence croissante dans la littérature.